vendredi 7 septembre 2012

Les vases communicants (13), Eve de Laudec Mes Moires


Dans le cadre des vases communicants de septembre 2012

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre...


J’ai commencé à échanger avec Ève, si je peux me permettre.

En regardant d’un peu plus près, un ami, façon de parler, commun sur FB : Hervé le Tellier.

J’ai eu le plaisir de participer à quelques ateliers avec lui et donc de le côtoyer au village.
Et tout d’un coup, une envie soudaine d’OuLiPo m’a prise.

Maladie contagieuse parfois… quand on avale la potion magique concoctée par les mots des Oulipiens…

J‘ai fouillé dans ma bibliothèque.
Et cela s’est imposé…
Et si on s’amusait au « Je me souviens »…
mais il y en a tant…

Et j’ai regardé de nouveau le nom du site d’Ève

J’avais mal lu… c’était

Bienvenue sur l'emplume et l'écrié


Et j’avais lu… la plume et l’encrier…

Et si on écrivait des « je me souviens » autour de ces deux mots…

Qu’en pensez-vous Ève ?

A cette proposition charmante, j’ai bien évidemment répondu oui, avec plaisir et  me suis plongée avec un peu d’appréhension dans les profondeurs de mon subconscient qui avait  guidé ma main  pour ce choix de l’Emplume et l’Ecrié. Au-delà de la sonorité et du jeu de mots, j’ai donc sondé profond pour vous présenter quelques ressentis que m’ont dicté ce plongeon. J’écris rarement sous une contrainte, aussi j’espère que dans cet échange je ne vous décevrai pas !


Mes Moires ondoyantes, je me souviens.

Je me souviens du geste, la
 Cigarette du père, bout ondoyant, irisé, naissent de la nuit ombreuse mille danseuses, arabesques chatoyantes, plumetis rouge sang, la
Main calleuse, sèche du grand-père qui cisèle au couteau le radis en pétales, en libère l’âme, sculpte les plumes roses.

Je me souviens de l’innocence
 Marquise de papier crépon, petite fille modèle à l’aigrette opaline
Caresses légères, cils vibratiles, peau rétractile,
Petite fille papier buvard, assaillie, pétrifiée, diaprures de soleil pâle violant le sous-bois,
Le rapace noir plane et attaque, plaque et atteint, plumes souillées sombres, suintent, encre invisible, l’emplume s’éparpille, ébouriffe la luette, se rejoint en amas et se fond sans criée.

Le pistil venimeux
Des ailes du corbeau
Dans un halètement d’ailes
Sur une âme perchée



Je me souviens du temps
 L’emplume est tapie sous le froid,
Rémiges lustrées, nacrées d’un crachin breton béton, larmes effilées, penne mort-dorée, mort-léchée, langue verte de gris
Elle attend, sans conscience, elle attend
L’écrié

Et le temps s’amollit
Et rit de ses avants

Je me souviens que le froid cède aux saisons
 Elle a deviné météo.  Savoir le vent caresse, au sens zéphir, au sens désir, isohypses emmêlés et pinceau effleuré, et de trille engorgée en ramage libéré, mélopée oulipienne, la plumée poésique  se répand au courant ascendant, mais

Je me souviens de
 Lui, l’aigle arc-en-ciel aux plumes exaltées, pointillées de murmures, en feu et à corps et à rire et à rire et… à cri, et les plumes en nervures, soufflées, explosées, balayées,  ramassées à l’appel, gong acier, enclume, emplume.
 Lui, l’aigle arc-en-ciel perce le cœur de l’O qui s’écarte, se distend, ne veut rompre, cède, éclate, enfin parler, enfin, hurler l’effroi originel qui déplume, tournevrille, tourneboule, ronde infernale des danseurs de la pluie, échassiers aux cernes mauves, les derviches insensés torsadent la couleur passée d’un avant dépassé, mots fulgurance, clamés calmés, gueulés, rugis rougis, éructés, vomis, éjectés, encrés ancrés, pondus, griffonnés griffés,


Incandescente mémoire criée, écrite, décriée, écriée

Le temps réconcilie
L’emplume et l’écrié

Eve de Laudec 12 août 2012
Les deux tableaux sont de Belsinski 

La liste de tous les autres échanges est ici.

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