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dimanche 9 décembre 2012

L'atelier du dimanche (14), à question simple...






A question simple, réponse compliquée


BONJOUR!
Je ne sais pas si vous avez déjà écouté l’émission Les p’tits bateaux sur France Inter… ....




Mes élucubrations du dimanche matin:


Mon petit, arrête de me poser tes questions farfelues. Je craque.
Moi qui espérais une journée tranquille. Juste quatre heures pour écrire, commencer mon récit appelé « Croisière » et non, depuis six heures ce matin, tu me soules.

Est-ce que je te demande pourquoi tu as mis le doudou de ta petite sœur dans la cuvette des WC hier après-midi ?
Ah pour voir ! Non pour essayer de répondre à la question que, Fanny, ta copine de violon t’a posée : Est-ce que les poissons boivent ? Mais le doudou de ta sœur est une girafe pas un poisson. Tu es stupide !

Quoi encore ? Ton copain Ryan du foot veut savoir pourquoi la terre n’est pas carrée ?
Parce que, sinon, votre ballon de foot aurait été carré. Comment ma réponse est idiote. Eh bien parce que si elle avait été triangulaire, cela aurait été trop petit pour loger tout le monde qui y vit. Cela ne te convient toujours pas. Va demander à ton père ! Pas possible ! Et pourquoi ? Ah oui, il est parti jouer à Roc sur Gréez au foot. Pourquoi il ne t’a pas emmené ? Parce qu’il faisait trop froid. La bonne excuse !

Enfin cinq minutes de tranquillité. Même pas… à peine trois minutes.

Quoi, Margot elle est malade. Qui est Margot, au fait ? Ta copine de l’école de danse. Ah oui, ton amoureuse. Celle qui a embrassé le meunier ? Qu’est-ce qu’elle a, car, comme tu partages tout avec elle, je tremble. Qu’est ce que tu me demandes ? Si les microbes ont des microbes eux aussi ? Mon petit, je suis une littéraire pas une scientifique. Je n’en sais rien. La prochaine fois, ça ne va pas tarder, je sens cela, tu demanderas au docteur Paul. Je suis sûre que lui saura te dire. Tu peux l’appeler maintenant. On est dimanche, le docteur se repose. Et toi, tu m’épuises !

Ce gamin, et pourquoi ? Et comment ? Et si ? Et là ? Et…

Stop ! Je veux la paix maintenant.
Et d’ailleurs, va te laver les dents ! Comment cela ! Pas avant de savoir si on se lavait les dents sous Louis XIV ?
File ! Disparais de ma vue sinon cela va être la guerre froide entre nous !
Bien le fils de son père ! 




lundi 2 avril 2012

L'atelier du dimanche (13), Poisson d'avril - Milan au jardin


En ce lundi, sur une idée de Gwenaëlle,


PAS D’ATELIER… (C’EST UNE BLAGUE!) - Poisson d’Avril! 



-       Ce n’est pas possible. Les semis de salade dans le jardin sont tout retournés.
-       J’ai vu Églantine, le chat écaille de tortue de la voisine fureter dans le jardin tout à l’heure.
-       Les escargots, les limaces, les pucerons et maintenant le chat de la voisine…

Grand-père ne décolère pas depuis ce matin. Je n’ose pas lui dire mais il roule des yeux de merlan frit. Son jardin est si important à ses yeux. Il y passe beaucoup de temps et moi aussi, dès que je le peux.

Notre plaisir, bavarder à bâtons rompus pendant qu’il me transmet tous ses petits secrets de jardinier.

J’ai maintenant 15 ans et pour rien au monde, je ne passerai mes vacances ailleurs que chez Grand-père. Il est vrai que j’y retrouve aussi toujours les mêmes copains et copines. Cela fait dix ans maintenant que je suis arrivé de mon orphelinat. Dix ans que je suis devenu Alexis tout en restant au fond de moi, Milàn.

Pour fêter nos retrouvailles pascales, nous avons décidé de faire la fête et encore mieux d’organiser un bal masqué.
Dans le grenier, dans une grande malle rouge, de nombreux costumes nous a permis de choisir notre déguisement. J’y ai trouvé un habit de cérémonie d’un autre temps, une queue-de-pie. Mais Grand père m’a repris et précisé que c’était une queue-de-morue. Alors, j’ai eu le droit à tout un cours sur les vestes qu’on portait il y a un siècle. Comme quoi, il faut faire attention à son vocabulaire. Mais avec un grand-père que je pourrais surnommer Encyclopédie, pas de problème, je repars toujours plus cultivé à chaque fois.

Et tout d’un coup, sans crier gare, la nostalgie, malgré mon jeune âge m’a étreint de nouveau la gorge. Je me suis revu plus jeune, quand ébahi, je l’écoutais me conter des histoires de bateaux, de pirates et d’îles mystérieuses.
Je me souviens particulièrement de l’histoire de la chaloupe venue près de la « Mary-Céleste ». J’étais à son bord, je crois me souvenir que cela s’était passé en 1792. Tout le monde avait disparu. Et il n’existait pas encore la balise Argos.
Il y eut nombre de suppositions. Pas de repas chaud sur la table de la cuisine et encore moins de glace. Pas de collection d’étoiles de mer retrouvée ni de queue de poisson à trainer ici ou là.

Mais replongeons dans la réalité et retour à aujourd’hui : mon aide au jardin et la préparation du bal costumé.

Je revisite toujours avec le même plaisir le jardin. Les premières anémones sont écloses, les roses sont déjà en bouton, cela a tempéré la mauvaise humeur de Grand-père.

Il m’a mis à contribution pour tendre un filet sur les planches de semis. J’espère qu’Églantine va s’en tenir éloignée et non se retrouver prise au piège des mailles
.
Pour le remettre de bonne humeur, je lui propose de venir partager avec moi les fish and chips que préparent dans son camion aménagé, stationné non loin de la maison familiale, le père de mon grand ami Gus. Et en plus, il respecte la tradition, il les emballe dans un cornet fait dans du papier journal.

De quoi, faire hurler mes parents mais nous ravir. Ensuite, nous échangeons les nouvelles lues, qui ne sont en général, plus très fraîches.






dimanche 20 novembre 2011

L'atelier du dimanche (12), On ne vit que deux fois



En ce dimanche, sur une idée de Gwenaëlle,


Vous reprendrez bien une petite jamesbonderie?

 






La suite des aventures de Cerise et Olivier, nos gentils trentenaires.

Elles seront rassemblées dans un recueil au titre très étrange « La régularité des éléphants ». Il aurait pu s’appeler « Demain ne meurt jamais », sorti en 1997, année de leur première rencontre ou « Le monde ne suffit pas », en décembre 1999, leur premier Noël passé ensemble sans leurs parents respectifs.

Mais ceci est une autre histoire ou plutôt un autre projet.
Revenons à nos moutons.

Nous sommes le dimanche 20 novembre 2011, il est tout juste 10 heures dans l’appartement de nos sympathiques héros.


« Aujourd’hui 7 juillet 2007, 7 heures 7
Rien que pour vos yeux
Bons baisers de Russie.
Beretta »,

Voilà les mots que Cerise découvre, sur un papier jauni échappé de l’intérieur d’un jéroboam de Dom Pérignon, qu’elle vient de faire tomber par terre en faisant le ménage dans l’appartement qu’elle partage avec Olivier.

Rassurez-vous, ce n’était pas un grand millésime, juste le pied d’une grande lampe, avec un immense abat-jour rouge posée sur une table dans l’entrée d’un trois-pièces qu’ils occupent dans un petit village du sud de la France.
Ne dites pas qu’elle en a fait exprès, comme va certainement lui reprocher Olivier, parce que vous, vous savez qu’elle détestait cette lampe. Un cadeau du frère aîné du père d’Olivier qui avait atterri là, la lampe pas l’oncle, ni le père d‘Olivier bien sûr, à son grand malheur au dernier jour de l’an.

Bon débarras, pensa-t-elle tout en ramassant les mille et quelques morceaux de la défunte bouteille.

Elle posa le morceau de papier sur la table d’entrée et guetta la réaction d’Olivier, qui était accouru au bruit de ce fracas.

-       Tuer n’est pas jouer, lui dit-il en arrivant près elle. Mais bon débarras ! Elle était vraiment moche.

La réflexion lancée cloua sur place Cerise, elle qui craignait tant d’avoir commis un crime de lèse-majesté.

-       Les diamants sont éternels mais pas cette bouteille. Ce cadeau offert par Tonton n’était pas du meilleur goût, lui déclara-t-il.

Cerise reconnut deux titres de film de James Bond et redouta de voir défiler tous les titres de la filmographie de 007, un des héros de papier préféré d’Olivier. Il adorait lui lancer ce genre de défi… glisser des titres de film dans la conversation. Elle était nulle à ce jeu, qu’elle trouvait stupide.

Il l’aida à ramasser les petits bouts de verre qui avaient réussi à se faufiler un peu partout dans l’entrée.

-       Opération Tonnerre ! décréta Olivier
-       Opération Tonnerre ? lui répondit Cerise
-       Oui. Il faut tout ramasser avant que Tonnerre ne vienne jouer avec ou ne se plante un petit morceau dans un coussinet.

Il en profita pour expérimenter son dernier gadget acheté au camion de l’Outillage de Saint-Étienne, il y a au moins un an et qui croupissait dans un placard : une pelle et son balai à grand manche. En deux temps, trois mouvements, tout est ramassé, a dit la publicité. Olivier n’est arrivé à rien et l’ensemble est retourné dormir en attendant la prochaine occasion de l’expérimenter.

Cerise s’est sentie soulagée et reprit sa tache dominicale qui ne l’enchantait pas plus que cela.
Ce n’était pas sa journée. Elle bouscula une pile de livres et dut se mettre à quatre pattes pour récupérer un exemplaire de « On ne vit que deux fois » qui n’avait rien trouvé de mieux qu’atterrir sous le lit où elle se retrouva nez à nez avec Tonnerre, qui n’apprécia pas du tout cette visite surprise et la griffa.

Elle décida que c’en était assez de ses maladresses pour la matinée, elle s’empara du livre et commença le douzième et dernier roman publié du vivant d’Ian Fleming, mettant en scène James Bond.

A 13 heures, elle fut réveillée en sursaut par un tonitruant
-       La meilleure ! Mademoiselle abandonne le ménage et s’endort avec James Bond. J’espère que tu as fait de beaux rêves.

Le livre était encore ouvert à la première page, où Olivier put relire avec plaisir, l’épigraphe suivant, sous forme de haïku :

« On ne vit que deux fois :
La première quand on naît
La deuxième quand on est face à la mort ».


dimanche 6 novembre 2011

L'atelier du dimanche (11), mardi 32 octobre 2011



En ce dimanche, sur une idée de Gwenaëlle,

Épistolaire toi-même!





Tous les textes et commentaires, ici

Mardi 32 octobre 2011


Il est minuit. Cette journée m’a épuisée.

Pardon, j’oubliais.

Bonjour à toi,

Mais je devrais peut-être dire, bonjour à vous.
Le bonjour se justifiant par l’heure à laquelle tu liras, vous lirez ce petit mot.

Pour mieux me souvenir de ce jour, il y a tout juste cinq ans, le vous serait de meilleur mise.

Il y a cinq ans, la journée m’avait épuisée mais pas pour la même raison qu’aujourd’hui.
Il y a cinq ans, c’était notre première fois.
Aujourd’hui, ce fut une journée sans toi, sans vous de sa faute à elle.
Elle le sent quand nous faisons le projet d’une journée bien à nous.
Surtout cette journée, ce 32 octobre, que j’attendais impatiemment.
Et vous, et toi ? Par moment je ne sais plus, y teniez-vous autant que moi ?

Quand on veut, on peut.
Mais bon, contre mauvaise fortune, bon cœur
Et les lendemains seront meilleurs.

Mais je ne vais pas vous souler de proverbes ou maximes ou citations, cela vous hérisse.
En ce jour anniversaire, ce serait mal venu.

Bien que j’en ai gros sur le cœur.

Mais je vais essayer de me souvenir des précédents 32 octobre.
Surtout celui de 2009.
Mais je vous vois rougir à cette évocation.
Cela avait été une journée longue aussi mais avec sa récompense à ton retour de Nangy.

Je me souviens des étoiles dans tes yeux,
Je me souviens des baisers dans le creux de vos reins,
Je me souviens de ma tête sur ton épaule,
Je me souviens de ce don de vous,
Je me souviens de tout.

Bien sûr, comme vous me le reprochez parfois, je me souviens de tout.
Je me souviens trop de tout, du bon comme du moins bon. Tout est gravé en moi.

Mais aujourd'hui, j’ai décidé de ne me souvenir que du meilleur.

Je souhaite que nous prenions un nouveau départ.

D’accord, nous n’avons pas encore atteint l’âge de raison mais nous sommes sur la bonne voie.

Comme d’habitude, je vous pardonne cette absence qui m’a fait tant de mal.
J’espère un jour meilleur vite, très vite.
Je prends de bonnes résolutions.

Je prends, je donne, vous donnez, vous prenez.
Nous partageons.
Demain sera meilleur qu’aujourd’hui.

Je vais clore ce petit mot.
Mérite-t-il de partir vers vous ?
Oui, pas de raison, car j’espère que tu auras mal aussi de notre absence.

N’oublie pas, ne nous oubliez pas.


Celle qui entame le 1 827ème jour à la fois loin et près de toi,
La 43 825ème heure d’espoir de vous,
Et même pour être plus précise, la 2 629 441ème minute d’amour de toi.
157 766 401 secondes de bonheur et de peur, d’amour et de haine parfois, de partage et d’attente de vous.

Je vous embrasse de la façon indécente qui, je m’en souviens, vous plaît. 

dimanche 23 octobre 2011

L'Atelier du dimanche (10), Ce jour-là



DU VENT DANS LES PLUMES…

Ce jour-là…

Posted on 21 octobre 2011

BARBARA

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
…………………
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.
Jacques Prévert, Paroles
Grâce à Jacques Prévert, nous savons ce qui s’est passé rue de Siam « ce jour-là »* mais qu’est-il arrivé rue de l’Observatoire à Paris ou rue des Fougères à Trifouillis les Perlouses?
Choisissez un nom de rue et racontez ce qui s’est passé « ce jour-là… ». En poésie ou en prose, comme vous voulez… 

Le poème de Prévert se réfère aux 165 bombardements de la ville de Brest entre le 19 juin 1940 et le 18 septembre 1944. Votre récit devra se situer quelque part entre ces deux dates.

Lire les textes ici


Ce jour-là, chez moi.


La ville du Mans entre le 19 juin 1940 et le 18 septembre 1944.
Mais je n’étais pas né.
Mais je n’en sais rien.
Mais

Car de quelle autre ville pourrais-je vous parler ?
De celle où j’habite maintenant…
Là au bout du jardin, il y a la stèle de célébration d’un parachutage d’armes lors de la 2nde guerre mondiale.
Mais je n’aurai pu que vous recopier bêtement son déroulement, retracé dans le blogue local par un auteur, parent d’un des protagonistes de l’aventure.
Vous mettre le lien sera plus honnête.
Car je ne sais pas qui ils étaient et ne voudraient pas trahir leur mémoire.


Mais la guerre, la dernière guerre comme on dit, personne ne m’en a jamais parlé.

Peut-être quelques mots, juste après une question sur ce petit doigt absent à la main de mon oncle dont je porte le prénom.
Mais parfois je me demande si j’ai rêvé, si cela a été vrai.
Mais je n’ose pas parler de nouveau, de peur de remuer des souvenirs trop profondément enfouis.

Maintenant, grâce au Web, je dois pouvoir retracer l’histoire de ma ville pendant ces temps de guerre.

La ville de ma naissance, Le Mans.
La rue de mon enfance, le boulevard Jean-Jacques Rousseau.
La maison où j’ai habité entre 1 et 9 ans, une de ces maisons reconstruites après la guerre.
Pourquoi cela ? Parce que la gare de triage, à vol d’oiseau, est à moins de 300 mètres.
Et tout a été détruit. Tout du moins, un vague souvenir d’enfance, un souvenir de ce que j’ai entendu. Tout ressortit de terre. La vie devait repartir.
Mes parents bénéficièrent d‘une des maisons reconstruites. Quatre maisons jumelées et pour eux celle qui faisait le coin avec la rue Pierre Pavoine.

Je vous demande de pardonner mon retard pour l’envoi de ce texte. Je vais plonger dans l’histoire. Je vais, peut-être, enfin en savoir plus.


18 juin 1940, les troupes allemandes rentrent dans Le Mans sans combattre.
8 août 1944, la ville est libérée.

Terrible, il m’aura fallu attendre aujourd’hui, cette consigne, pour prendre connaissance de ces dates. Les parenthèses d’une drôle de vie qui a dû s’installer dans la ville de mon enfance.

Quatre années d’occupation passées sous silence dans l’histoire familiale.
Je n’existais pas mais eux existaient.

Pourquoi n’en avoir jamais parlé, parce que je n’ai jamais posé de questions… parce que le silence est monnaie courante dans cette famille… parce que je ne sais pas.

Et si je demandais, impossible de franchir ce pas…
Il doit toujours y avoir des mots enfouis au plus profond des derniers survivants de cette époque, juste mes parents. Mes grands-parents ont disparu ; ils auraient entre 111 et 113 ans.

Mais J’ai cherché et n’ai presque rien trouvé, juste une photo faite par Henri Béroul…

              


Mais je repars avec mes interrogations me plonger dans vos récits… réels ou imaginaires 
Mais ayant le mérite d’exister.


dimanche 9 octobre 2011

L'Atelier du dimanche (9), le cabinet de curiosités




Dimanche 9 octobre 2011,

Les différents textes ici


Le cabinet de curiosités



Dans le journal local « La dépêche du Maximois », est parue ce dimanche 2 octobre 2011, cette petite annonce :

« Urgent - recherche l’auteur de la photographie du cabinet de curiosités ci-dessous.
S’adresser à A.B. Chicorée par courriel à l’adresse abchicoree@toto.fr ou par téléphone au 06.32.32.32.32. Récompense. Urgent ».

Je suis à la terrasse d’un café en train de rêvasser, de profiter des derniers jours de cet été indien bien agréable et de boire un café, indigne de ce nom. Je parcours le journal local et tombe en arrêt devant l’annonce rapportée ci-dessus. Je reste sans voix et n’en crois pas mes yeux.
Je connais cette photo, c’est moi qui l’ai prise, il y a maintenant plus de 30 ans. Je m’en souviens comme si c’était hier.

Je me retrouve projeté dans une de mes anciennes vies, une de celles que je parcours encore avec plaisir et dont j’aime encore parler, surtout avec Léa, ma petite-fille, curieuse de tout.

Mais pourquoi, cet A.B. Chicorée, que je ne connais ni d’Adam, ni d’Ève veut-il retrouver l’auteur de cette photo, donc moi.
Et cette récompense ! Encore un riche Américain qui se veut ou se dit amateur d‘art. Cela m’intrigue beaucoup. Une récompense que j’utiliserais pour acheter le nouvel appareil photo numérique sorti par Nikon. Je me mets à faire des plans sur la comète.

Mais avant d’aller plus loin, il faut que je rassemble mes souvenirs.

Cette photographie a toute une histoire dont je vais essayer de recoller les morceaux. Ma faculté à oublier certains pans de ma vie ne va pas me faciliter le travail. Il faut que je réfléchisse, que je creuse dans ma mémoire, que je cherche dans mes cahiers où j’avais pris l’habitude de tout consigner avant d’acheter cet ordinateur, ma deuxième mémoire.

Retour en arrière, 30 ans sont passés. Projection dans le passé.

Je revois tout. Je n’ai rien oublié.
J’espère qu’aucun souvenir douloureux va remonter à la surface et venir rompre cet équilibre précaire que j’essaie de reconstruire, jour après jour. Dommage que Léa ne soit pas là, elle aurait pu tout retranscrire tout de suite.
Je me lance dans cette exploration de ma mémoire

J’habitais déjà dans ce village où je viens de terminer ma carrière d’instituteur, plus exactement professeur des écoles, à l’école maternelle.
Je cherchais ma voix artistique. Je faisais de la photographie en amateur, mais j’avais déjà gagné quelques prix dans les concours des villages alentour.
Je savais que je ne gagnerais pas ma vie avec mes photos, mais je voulais m’exprimer grâce à elles.

Un de mes voisins était un homme extraordinaire, ingénieux, farfelu, artiste, tout à la fois. Il deviendra un peintre connu internationalement depuis maintenant deux décennies.
Il m’associa à la création de ce tableau et je fis, à ce moment-là, mes premières armes de photographe officiel de ses œuvres.

C’est vrai qu’il trouva un vrai bric-à-brac dans la remise derrière ma maison. Cette remise d’ailleurs s’adossait à son atelier, son exact pendant. Heureusement, car il entreprit de vouloir me faire transporter mes casiers trésor chez lui.
Son bric-à-brac associé au mien, cela faisait un drôle de bazar à ordonnancer.

Nous nous sommes mis à essayer de les organiser. Pas simple. Il ne fallait pas que cela s’écroule. Et cela s’est écroulé plus d’une fois.
Il avait décidé de faire comme un grand scrabble ou une grille de mots croisés. C’était lui l’artiste avec un grand A. Les idées ne lui manquaient pas.

Mais pourquoi cet homme au drôle de patronyme veut en savoir plus sur cette photo ? Une de mes photos originales ou photo de l’œuvre.

Une sorte de jeu commença entre nous. Chacun rêvait d’y trouver son compte.
Ma seule condition pour l’aider et participer, je voulais faire des photos, et encore des photos pour garder une trace.
Dans ce temps-là, c’était diapo ou tirage papier. Cela aurait été aujourd’hui, un vrai régal. Des regrets… non, car cette aventure nous a pris plus de cinq ans… et a été couronnée par le succès.

Nous entassions, ordonnancions et il peignait, repeignait et recommençait sans cesse.
Il a fait de nombreux essais, comme qui dirait, des épreuves d’artiste

Quand je revois cette photo, cela me revient comme des flashs.
Déjà son nom devait s’insérer dans ce montage : Jacques Poirier et les autres mots s’ordonnancer autour… c’était sa marque de fabrique.
Cela a été notre premier travail. Composer, oui c’est bien le mot… nous avons composé.

Je me souviens…
De la composition de son nom… 14 cases à remplir… Cinq mois cela nous a pris..

Je vous donne juste un petit aperçu :

Le S, un vrai cauchemar…
des pages de journaux collées entre elles…
je ne sais plus combien de feuilles il nous en a fallu
mais admettez qu’il est harmonieux… ou qu’il l’a parfaitement arrangé et peint.
Puis ensuite un tour dans ma caisse, accessoires plomberie. J’ai joué du chalumeau et ai casé un robinet. Il avait fui et provoqué quelques centimètres d’eau dans ma salle de bains. Un bon recyclage après nombre de serpillères essorées. Et j’ai pu lui imposer le mot VER. Le V, le missel de grand-mère ouvert avec une image de Sainte Thérèse de Lisieux. Une façon de rendre hommage à ma grand-mère adorée.
Et nous avons continué…
De la ficelle de chanvre arrangée en U et trois pinceaux… usagés, plats, pointés sur le fond du casier
Et encore un souvenir de grand-mère, deux grosses bobines de fil… de celui qui lui servait à coudre les casquettes sur son antique machine à coudre que j’ai encore dans mon bureau, en souvenir.
Et une grosse bobine de ficelle qui, à la fin de notre installation, n’avait plus que quelques tours
Et le J, la pipe de son arrière-grand-père posée en équilibre après avoir été encadrée avec soin



Tout revient par vague...

Mais pourquoi cet homme veut-il me rencontrer ?

Et soudain je me rappelle ce mot YEUX… un couteau tire-bouchon, une paire de jumelles de théâtre (bizarre, sur la photo, elles sont à l’envers pour faire le E), puis un illustré, un exemplaire de L’écho de la mode… et la grande paire de ciseaux pour couper les cheveux et parfois entailler les oreilles.



Et ce S, une ceinture… dont j’ai eu peur longtemps quand j’étais enfant. Mais rassurez-vous, je n’ai pas été battu avec.


Notre discussion sans fin avec ce mot AQUEES, dont je ne me souviens pas le sens. J’ai vite abandonné. C’était lui l’artiste et le maître d’œuvre de ce qui sera considéré comme un chef d’œuvre.

Vais-je me résoudre à composer le numéro indiqué ?

Je me jette à l’eau et compose le numéro.
Cela sonne, cinq sonneries et une voix.

-       Jacques Poirier, plait-il ?
-       Théodule Non…
-       Le vrai, celui du village de Roc sur Gréez ?
-       Jacques Poirier, le grand peintre internationalement connu, natif de Roc sur Gréez ?
-       Oui… heureux de retrouver ta trace, vieux copain
-       Et moi donc
-       ….

Et la conversation continua… s’éternisa….
Mais c’est une autre histoire.



PS : consigne légèrement détournée, mais un grand plaisir à écrire…
Peut-être un peu trop long et je me suis freinée…
J’ai triché sur les dates pour permettre à mon personnage de rentrer dans cet univers. Cette œuvre date de 1997 et je l’ai située au début des années 1980 dans mon récit.

Texte écrit autour de Jacques Poirier - Artnica, 1997 particolare - Washington D.C., Collezione Ian M. Cumming