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samedi 15 septembre 2012

Désir d'histoires (20), Edition 73 Malakhi





Des mots, une histoire 73





Une nouvelle récolte de mots !



Tous les textes sont ici

Création d’un personnage, Malakhi

Il en rêvait depuis longtemps : une paire de tennis bleu avec des rayures jaunes.
Il se doutait bien que cela n’existait pas, mais il les imaginait à ses pieds.
Et aussitôt, sa fatigue s’envolerait.
Ce poids immense sur ses épaules ne serait plus qu’un mauvais souvenir.
Il volerait presque.

Désolé, ce début d’histoire ne mènera à rien.
Sans queue, ni tête.
Juste cinq phrases jetées sur un écran qui essaient de dresser le portrait d’un personnage.
Ce personnage aurait pu se construite tout autrement.
Il pourrait être un autre.

Il aurait pu ainsi rêver de verrines remplies des meilleurs mets.
Il serait devenu un restaurateur célèbre, affublé de 3*.
Il serait à la tête de l’ancienne auberge que sa grand-mère aurait créée dans le village, berceau de la famille, niché à flanc de colline.
Il en aurait conservé le nom « La bagatelle de Léa ».
Léa est le prénom de ladite grand-mère, anglaise par son père.

Il se souvenait de sa longue chevelure brune, de sa ligne de guêpe, comme disait grand-père. Ce mot l’étonnait toujours. Grand-mère et Maya l’abeille, tout se mélangeait dans ses souvenirs.
Il se rappelait les longs récits dont il ne se lassait jamais.
Encore, encore, disait-il.
Léa racontait l’exil de son père pour les yeux d’une belle normande venue parfaire son anglais lors de si lointaines vacances scolaires.
Léa lui a raconté, au moins cent fois, l’histoire de la vilaine cicatrice qu’elle avait sur la jambe gauche, souvenir de la morsure de son chien Félix. (Normal, appeler son chien du nom d’un chat, de quoi le faire devenir enragé).

Le personnage de cette histoire, à ce moment précis, voudrait retrouver le médaillon où une mèche de cheveux de cette aïeule est encore enfermée.
Il se souvient du médaillon. Il le revoit.
Ce n’était pas un camée, mais un simple médaillon sur lequel une fleur d’hortensia était gravée.
Il souffrait, une mèche de cheveux bruns y était encore cachée.
(parenthèse rajoutée à la relecture : Lapsus révélateur, l’auteur a écrit « souffrait » au lieu de « s’ouvrait ». Vous en étiez-vous aperçu ? Peut-être pas, votre cerveau aura rectifié de lui-même. L’auteur s’en sort comme il peut.)

Le personnage en question continue d’avancer dans la vie.
Il aurait inventé un nouveau concept : commencer le repas par le dessert. Comment ? Ce n’est pas lui l’initiateur de cette riche idée.
Alors, il reprendra une autre idée : les cuisiniers, commis, plongeurs et autre personnel se déplaceront sur patins à roulettes.
Idée à abandonner au plus vite pour éviter des catastrophes inévitables.
Il ne serait pas à prendre avec des pincettes.

D’ailleurs, tout ce qui concerne sa vie tient du passionnel.
Rien ne l’arrête.

L’auteur a oublié de vous donner son prénom : Malakhi, en français, « Mon ange ».

 

vendredi 7 septembre 2012

Désir d'histoires (19), Edition 72 - Je m'appelle Majolique



Des mots, une histoire 72




 
La nouvelle récolte pour Des mots, une histoire 72 a donné ceci comme mots imposés :



Tous les textes sont ici.

Course éperdue vers l’impossible étranger.


Je m’appelle Majolique.

Drôle de prénom, as-tu pensé immédiatement en le découvrant.
Je dois être la seule à m’appeler comme cela.
D’après ce que l’on m’a dit, j’ai été conçue sur cette île où je n’ai encore jamais traîné mes pas, à Majorque. Une péripétie parmi tant d’autres dans la vie de ceux qui m’ont offert la vie.

Je te le dis et redis pour que jamais tu ne l’oublies.

Je m’appelle Majolique.

Je dois prendre de la distance… facile à dire… il y a déjà trop de kilomètres entre toi et moi… pas tant que cela pourtant… si je réfléchis bien….
Combien ? Je n’ai jamais calculé. Mais il y en a trop.
Si trop…
C’est trop…
Il va falloir faire un choix.

Mettre en parenthèse notre histoire… quelle idée… d’ailleurs c’est impossible…
Quelle aporie !

Mon instinct de conservation m’en empêcherait.
Trop peur de me noyer.
Comment respirerais-je ? Cela te fait sourire.
Tu m’imagines tout d‘un coup sous une tente à oxygène…
Tu m’imagines… j’imagine ce que tu imagines.
Je ne changerais jamais, penses-tu.

Et tout d’un coup, tu m’imagines
Emmurée…
Oui, c’est cela…
C’est vrai que j’en serais capable.
J’irais là-bas…

Oui, tu sais tout là-haut…
À droite…
Au bout du bout des terres.
Où je t’ai dit et redit que je voulais que tu disperses ce qui resterait de moi.
Je sais, je rabâche...

Je m’appelle Majolique.

Là-bas, personne ne m’entendrait hurler,
Igolo… rigolo… gigolo… igolo… rigolo… gigolo…

L’écho en resterait coi.
Allez, répète l’écho après moi…
Igolo… rigolo… gigolo… igolo… rigolo… gigolo…

Rien. Je n’entends rien.
Répète, s’il te plaît.
Igolo… rigolo… gigolo… igolo… rigolo… gigolo…

Je suis lasse. Et si…

Si j’étais peintre, je prendrais mon crayon de charbon.
Je te croquerais et laisserais partir au vent ces traits non satisfaisants de toi.
Normal, je ne sais pas dessiner…
Donc inutile d'essayer.
Ce ne seraient que gribouillis inutiles et informes.

Si j’étais musicien, j’aurais pu faire vibrer mon archet et jouer ce titre que tu aimes tant…
Mais je ne sais même pas reconnaître un la d’un si.
Mes oreilles sont sourdes et mes mains gourdes.
Il ne faut pas rompre le charme du bruit des vagues furieuses
Elles s’écrasent sur les rochers qui entourent le phare d’Ar Men

 (image éloquente et toute en force - © www.jean-guichard.com)

Je m’appelle Majolique.

Me voilà repartie toute en exagération !!!
Comme tu le dis parfois, toi mon impertinent, cela chapeaute là-haut.
C’est le moment de la rentrée des foins.
Il faut que je retourne chez moi, vers nous.
Changement de direction, j’abandonne la mer.

Et suivant mon inspiration, je prends la route.
Je suis à perte de vue les rubans d’asphalte à travers la Beauce.
Je veux rentrer chez nous.
Je reprends la route.
Je fais une halte au Clos des raisins…

Tu te souviens…
C’était un 32 octobre.
Mais je n’ai pas voulu pousser la porte…
Tu n’étais pas là. J’ai eu peur de ton fantôme.
Pourtant…

Je m’appelle Majolique.
J’oublie ma détresse.
J’oublie les flots qui m’attiraient tant.
L’euphorie me gagne.
Les blés ondulent à perte de vue.
Mais tu es toujours présent dans mon esprit.

Tu me poursuis.
Je suis trop sensible.
Je sens.
Je ressens…
Je suis à fleur de peau.

Ton absence me fait toujours aussi mal.
Ton attitude hautaine me jette à terre.
Tout se bouscule.
Je ne sais plus où j’en suis.
Je suis Majolique, ta magique.

Je m’appelle Majolique.




vendredi 30 mars 2012

Désir d'histoires (18), Edition 60 - Pas d'icône dans le jardin mais ...



Des mots, une histoire 60



Pas d’icône dans le jardin mais …

Le premier lundi des vacances de Pâques, ou de printemps comme ils disent maintenant, Milàn s’était assis au pied du cerisier, encore vide de ses fruits dont il se régalait tant. Il était dans le jardin de celui qu'’il aimait appeler grand-père. Il lui avait suffi de sortir de sa maison, de suivre le trottoir, à peine sur cent mètres et de gagner cette maison au nom incroyable de « La plaine ».

Il se lovait dans sa bulle de bonheur.

Près de lui, sa brouette magique. Il avait une habitude bien à lui, de donner à un nom à tout ce qui l’entourait, donc il l’avait appelée Myriade. Il ne savait plus trop ce que cela voulait dire mais il avait entendu sa mère l’employer un jour et le mot lui avait plu. Il se rappelait le moment exact où elle l’avait dit. C’était une soirée où il regardait le ciel avec ses parents et il l’avait entendu dire : « regarde la myriade d’étoiles filantes. Fais vite un vœu. Vite ! ». Son vœu avait été vite trouvé : arrêter d’avoir de la fièvre et d’avoir si soif tout le temps.

Mais revenons, à la valise… non à la brouette. Une petite étourderie que vous pardonnerez au narrateur qui se laisse entraîner par cet enfant aux yeux kaléidoscopes et dont les paupières sont ourlées de si longs cils blonds. Autre astuce que la phrase précédente pour caser deux mots imposés. Mais revenons à nos moutons.

Grand-père lui avait fait cadeau de la brouette, comme cela sans raison. Rien à fêter, rien à célébrer. Juste une envie de Grand-père de lui mettre des étoiles dans les yeux. Grand-père aimait faire des surprises. Il aimait faire plaisir juste pour le plaisir.
Dans un autre temps, on aurait dit qu’il avait du savoir-vivre.
Milàn le soupçonnait de s’être fait encore plus plaisir en remettant à neuf la vieille brouette que l’enfant avait trouvée, renversée et en piteux état dans la cabane à demi écroulée au fond du jardin.

Cette cabane l’avait toujours intriguée. Elle était toujours si silencieuse et pleine de mystères non encore dévoilés. Un jour viendrait où il saurait.
Milàn savait que Grand-père lui en raconterait un jour l’histoire. Sinon il saurait se faire câlin auprès d’Hélène, la compagne de Grand-père pour savoir car ses parents et surtout Clémence évitaient de répondre à ses questions. Pourtant il en avait posé des questions…

La brouette était toute blanche, cinq brins de lavande peints sur un flanc, une grenouille de l’autre côté. Sa roue grinçait.

Milàn était tout songeur.

Il avait tiré de sa brouette Ti’jama, son copain retrouvé au fonds de la malle arrivée avec lui de l’orphelinat. Cela faisait maintenant presque un an qu'’il était arrivé en France. Il y avait mis aussi le dernier livre que Grand-père lui avait offert « Les ombres chinoises » de Sophie Collins.

Ce mot ombre l’avait intrigué quand il l’avait lu sur la couverture.

Et qu'’elle ne fut pas sa surprise en l’ouvrant ; des animaux plus vrais que nature apparaissaient à toutes les pages. Cela allait du chien à l’éléphant en passant par les oiseaux, les poissons.

Il était subjugué et passait de page en page.

Il se déplaça sous le cerisier, se mit dans le rayon de lumière qui passait entre les branches et commença à s’exercer. Il s’énerva, tournicota ses mains dans tous les sens, éclata de rire, passa de page en page et découvrit enfin un chat, le chat, son chat, Monsieur Châ.

Il regarda bien, essaya, réussit et l’emmena partout avec lui.



Les mots imposés pour la 60ème de Des mots, une histoire sont : myriade – vide – lundi – (saturnale)s – grenouille – bulle – icône – silencieuses – astuce – savoir-vivre – valise – étourderie – soif – plaine – kaléidoscope – (syndérèse) – fièvre – trottoir – renverser – paupière – surprise

vendredi 23 mars 2012

Désir d'histoires (15) Christine, Atelier 59 - Chut !!!




Sur une idée d’Olivia,

Des mots, une histoire 59


 Les mots de Christine,
de tout là-bas en Chine


En l’état actuel (des Choses) ne pas faiblir le mensonge
Une verticale des points sont posés, donnez-moi une série de chiffres et de là,
j’établirai  le cercle
En deça de là déjà la moitié du jour,
Une horizontale des chandeliers allumés aux flammes pastels empaléess.
En suivre le tracé sans suite comme il y longtemps avoir suivi les trottoirs ensoleillés jusqu’à :
                                                            l’épuisement
                                                                 total
Laisser tomber le mensonge comme l’oiseau chute de la branche.

Chut….

Cesser tout tambourinage de machine à goudron machine à béton,
Ecouter les séries de klaxons les rebonds des ballons
Observer la Chine et ses fiançailles ornées de prismes roses :
floraison  partielle et sélective
Attendre sans espérance l’été et ses papillons saphirs frôlant l’asphalte gris jusqu’à :
l’étourdissement
                                                                  final
                                                                
                                                      
Et pour tout  irénisme, laisser filer la pensée…
Penser
Penser à
Penser à ce
Penser à ce retour
Penser à ce retour réitéré
Penser à ce retour réitéré qui
Penser à ce retour réitéré qui découle
Penser à ce retour réitéré qui découle de
Penser à ce retour réitéré qui découle de quel
Penser à ce retour réitéré qui découle de quel choix ?

Je (ne) te le demande (pas)

Souvent avoir (dé) posé (Les Choses) au purgatoire.
Reposé les questions, interrompu l’interrogatoire

Quoi ?

                                 Tu veux dire qu’ici serait ta boîte noire ?

Ne plus être sûre de là où on laisse Les Choses.
La douleur restée là- bas auprès des narcisses et des lilas
Ou emportée avec soi ?
Et si c’est ça

pouvoir
devoir              la déposer aux pieds des magnolias ?
vouloir

La peine  qui sommeille au loin  se fait plus sourde ici-c’est ce que je crois-mais je vois pourtant dans le miroir sur le côté droit une lueur tremblante au coeur du photophore à corps désirable ou dérisoire.
Choisir de :
Laisser  couler la boite noire.

Je ne suis pas forte

A défaut de l’accord-folie, controverse au point central des lignes de fuite.
Tout là- haut un corbeau à la queue de diamant m’évoque une bien curieuse forme.
Souvent je cherche l’image vraie  ce soir j’ai cru voir chuter son  reflet au centre de la mare en courbes répétées

Chut...
       ... Le cercle d’études
a  commencé ...




jeudi 22 mars 2012

Désir d'histoires (17), Atelier 59 Sans irénisme


Des mots, une histoire 59


Tous les textes sont ici


Controverse de Valladolid ou d’ailleurs.


Parfois j’aimerais être ailleurs. Pourquoi pas au purgatoire !
Ailleurs où je pourrais me noyer dans tes yeux bleus aux reflets couleur lilas. Tu es si désirable.
Quelque part pour pouvoir te dire, c’est ici que l’on va. Tu m’as dit, au Cap de Bon Espérance. Non, emmène-moi au Cap Diamant, il y a si longtemps que je veux voir Québec. Dommage, cela ne se fait plus les fiançailles… avec un concierge, un majordome, un argentier[1]…
Vers là-bas dans le sillage du dauphin. Tu m’apprendras à nager le papillon.
Au lointain vers la terre promise et son Mur des Lamentations où brûle toujours le chandelier aux sept branches.
Mais je suis ici et je n’ai pas réalisé mes rêves. J’ai trop de peine.


Parfois j’aimerais être ailleurs. Pourquoi pas au paradis !
Ailleurs où les larmes n’existent pas ni le mensonge.
Quelque part pour entendre des rires éclatés le plus souvent possible.
Vers là-bas dans un pays imaginaire où la folie n’a pas cours.
Au lointain vers l’horizon sans fin où brille une série de photophores à la forme bizarre, celle d’un prisme.
Mais je suis ici et je n’ai pas réalisé mon rêve. Je n’ai pas eu le choix.

Parfois j’aimerais être ailleurs. Très loin du pays de la douleur.
Ailleurs où le bruit du fusil s’est tu enfin
Quelque part pour se recueillir
Vers là-bas dans le pays des rêves où les narcisses fleurissent à foison.
Au lointain où juste une goutte d’espoir souhaite le retour d’un ciel plus bleu.
Mais je suis ici et je n’ai pas réalisé mon dernier rêve.

Mes tambourinages discrets et réitérés
à la porte de ton cœur
ont fini par être entendus.


La 59ème récolte de Des mots, une histoire donne ces mots :
douleur – narcisse – irénisme – lilas – choix – fiançailles – mensonge(s) – forme – retour – diamant – photophore – tambourinage – branche – reflet – prisme – réitéré(e)(s) – espérance – papillon – souvent – purgatoire – désirable – série – folie – argentier – controverse – peine
Comme il y a 26 mots, l’un peut être abandonné…
Irénisme a été jeté dans les oubliettes de mes ailleurs.


[1] Proust, Du côté de chez Swann,1913, p. 325.

vendredi 16 mars 2012

Désir d'histoires (16) - Atelier 58 - Texte futur




Sur une idée d’Olivia,

Des mots, une histoire 58


  

Solitude de l’écrivain à la recherche du bon sujet : ci-dessous son monologue[1] intérieur

Ça y est, mon cochon ! Je tiens mon sujet. Non… au moins mon titre. Pas d’héroïne amère ou épuisée encore en vue.
L’écrivain, à la recherche du texte futur, se lève, règle son transistor d’un autre temps qui n’émettait plus qu’un grésillement, une vraie cacophonie de sons bizarres. Il va se servir un verre de jus d’orange, revient et se pose devant son ordinateur, dont l’écran affiche la photo d’un balcon ouvragé, juste avant une photo prise dans la brousse avec en premier plan un couple de lions rugissant.
Bon, pour aujourd’hui, c’est fichu.
Il est déjà 9.30.
Mais récapitulons ce que seront les trente-deux jours d’écriture à venir.
Mobilisation de mon être entier, promotion de mes idées, dévotion entière à mon projet devront être au programme de l’extravagance de mes idées.
Convocation des ponctuations dont la virgule dont j’use et abuse pour rendre plus limpide mon texte sans oublier le point-virgule que j’affectionne particulièrement. Ils sont la signature reconnaissable de mes textes.
Aucun égarement ne sera permis.
Je ne vais pas revenir bredouille de cette quête des mots.
L’écrivain, à la recherche de son texte futur, prend son agenda, l’ouvre à la journée du lendemain, jour de l’arrivée du printemps et tend l’oreille attiré par l’aboiement de son chien dans le jardin. Juste un cycliste qui passait.
Pour écrire de 7 à 10, mettre le réveil à 5.55.
Puis prendre une douche rapide pour effacer la lassitude de la nuit.
Me préparer sans tremblement mon petit déjeuner avec un œuf à la coque.
Préparer un plateau avec jus d’orange et spéculoos.
Et à 7 heures, je suis fin prêt devant mon ordinateur.
L’heure avance.
9.45 s’affiche.
Pour gagner du temps, pour demain créer tout de suite le dossier sur mon ordinateur avec ce titre, dont je suis si fier.
L’écrivain, à la recherche de ce fameux texte futur, frappe le titre, le regarde, se recule
Ce titre, quand même, ça va jeter.
L’écrivain, à la recherche de son texte futur, le lit à haute voix en détachant chacun des mots le composant
« De l’utilité d’avoir toujours du jus d’orange en cube »
L’écrivain le relit, fier de lui, une première fois… cinq fois de suite en changeant de ton. À l’oral, cela a de la gueule, pense-t-il.
Donc pendant trente-deux jours, de 7.00 à 10.00, je diois écrire 532 mots sur…
L’écrivain se recule, boit un verre de jus d’orange, se lève brusquement
Ça y est. Je sais ce que je vais écrire. Comment je vais écrire.
Le premier chapitre commencera par la phrase « Est-on assez attentif… »
Et l’incipit de chacun des autres chapitres sera une des phrases des premiers de couverture d’Art-Matin numéro 4.
L’écrivain, content de lui, de sa trouvaille continue son monologue intérieur.
Et en plus, je ne prends pas de risque. Trente-deux histoires plus ou moins longues, quarante-cinq premières pages, treize de plus qu’il ne me faut.
L’écrivain, toujours à la recherche de son texte futur, se rassoit, mange trois gâteaux et s’apprête à commencer à écrire. Les cloches de l’église toute proche se mettent à sonner.
Il va être 10 heures.
Je dois prendre de bonnes habitudes dès maintenant.
Juste un petit quart d’heure de dépassement aujourd’hui car demain sera le grand jour.
L’écrivain, tout guilleret, duplique son premier fichier, en fait trente et un autres identiques, les renomme.
Si ce n’est pas de l’organisation cela.
Bon, je récapitule.
Un texte fini, bouclé par jour.
532 mots par texte, pas un de moins, pas un de plus.
Obligatoirement, le même personnage traversera chaque texte.
Le mot orange sera toujours présent et surtout
L’écrivain, regardant et feuilletant religieusement Art matin numéro 4, continue de soliloquer.
Mon déclencheur à portée de main.
Une phrase incipit de mon histoire par jour.
Fin prêt pour demain matin, 7 heures.
Je tape par avance la première phrase de mon texte :
« Est-on jamais assez attentif… »
J’arrête pour aujourd’hui. Je vais partir marcher.
J’espère qu’aucune jettatura ne sera jetée contre moi…

L’édition 58 de Des mots, une histoire a pour récolte ces mots : cacophonie –  remplacé par) cochon – grésillement - jettatura – aboiement – printemps – cycliste – blessure – amer – signature – mobilisation – promotion – tradition – balcon – héroïne – solitude – écran – tremblement – bredouille – égarement – oral – dévotion – extravagance – copuler – lassitude – virgule – brousse – épuisée
Il y a 28 mots, ce qui veut dire que vous avez le droit d’en mettre un, deux ou trois au choix, de côté.




[1] Développement d’une tradition littéraire qu’on peut faire partir de Montaigne – réf. L’apparition du monologue intérieur en France (Stéphanie Smadja, UFR LAC, Université Paris Diderot – Paris 7)

Désir d'histoires (14) Christine, Atelier 58 - Histoire de Rimma Ryskaïa




Sur une idée d’Olivia,

Des mots, une histoire 58



 Les mots de Christine,
de tout là-bas en Chine




Suite de chez Eiluned, des éditions 43, 44, 46, 47, 48, 50, 55 d’Olivia

IX– Histoire de Rimma Ryskaïa

Rappel : Rimma, prostituée russe échouée à Nice et dont la mort a été commanditée par un ancien PDG -ex proxénète


Lorsqu’il claqua la porte, l’air glacial le surprit telle une gifle cinglante, la main de son père… Putain ! Vivement le printemps ! Et quasi-instantanément, reléguant le printemps à l’état de nature morte, un déluge de pensées plus ou moins confuses vinrent s’abattre sur cette saison calme, souvenir de quelques vers de Victor Hugo, douce saison venue se poser une fraction de seconde plus tôt sur sa blessure paternelle.

La cacophonie migraineuse qui l’anéantissait depuis ces dernières heures et qui ne faiblissait pas tendait dans son esprit un écran de plus en plus opaque, de plus en plus sombre.
Route de Grenoble, il croisa un petit groupe de cyclistes profilés dans leurs ensembles techniques, figure  Big nine, l’armée de l’air sur terre ! Vraiment ! Pédaler sous des températures pareilles ! Bien avant le stade des Arboras, il chercha à se garer, sans mal. Une fois le moteur coupé, il consulta sa Breitling, 13h40, il était en avance. Là depuis l’intérieur de l’habitacle, son regard balaya lentement les alentours : des balcons des immeubles aux fenêtres givrées derrière lesquelles copulaient peut-être des amants épuisés, des trottoirs désertés aux moindres renforcements des portes d’entrée, rien ne lui échappait. L’endroit était d’une extrême solitude. Seuls lui parvenait un grésillement lointain et des aboiements intermittents. Pendant quelques instants, il fut en proie à un désagréable moment d’égarement, une lassitude extrême, à l’envie de remettre le contact et de rentrer immédiatement.
Puis, après avoir jeté un dernier coup d’œil aux alentours, il sortit rapidement, ne claqua pas la portière, et fila droit vers le stade.
Tête baissée et col relevé, il s’engouffra vers les tribunes. Sur la pelouse, quelques gars s’entrainaient.

L’homme qui l’attendait était là. Face de cochon, sourcils en brousse, tremblement spasmodique au coin externe gauche de sa bouche. Ces secousses régulières entraînait quelques modifications non sans extravagance de sa production orale : les syllabes sursautaient, explosaient, les mots trébuchaient. Il s’appelle Louis et la dévotion de Louis  pour son ex -patron est sans limite, un pacte scellé depuis leurs années « russes », une histoire d’accord à la vie à la mort…
La chose extraordinaire avec lui, c’est que si identifiable qu’il soit, ses règlements de compte sont toujours à ce jour des énigmes. Sa signature est invisible, sa facture soignée.

En peu de temps, l’affaire fut conclue.

Regagnant sa voiture, il remarqua avec agacement un prospectus de promotion coincé derrière l’essuie-glace.
« Bûche glacée au chocolat amer » écrit en lettres dorées.
Lorsqu’il releva la tête, il aperçut sur le trottoir d’en face une femme élégante en manteau de fourrure grise.
Au moment même où il s’engouffrait dans sa voiture, il reçu foudroyé son profond regard noir. La seconde suivante elle avait disparu…
« La jettatura ! que la jettatura lui tombe dessus ! »
Cette phrase qui lui revient. Brusquement. De la voix de sa mère ces quelques mots graciés à l’heure des récits du soir et qui pendant  longtemps hantèrent ses nuits gamines.
Une goutte de sueur s’effondre sur le prospectus formant une minuscule virgule entre chocolat et amer, isolant l’adjectif en lettres de feu. Au centre du papier de mauvaise qualité, dansant sous ses yeux, amer vire amen .

Roulant comme un fou, reviennent sans cesse ces souvenirs indissociables de son enfance : les gifles, les sorts et la messe. Bordel ! On ne pouvait donc jamais rien faire sans être rattrapé par la culpabilité familiale !!!


L’édition 58 de Des mots, une histoire a pour récolte ces mots : cacophonie –  remplacé par) cochon – grésillement - jettatura – aboiement – printemps – cycliste – blessure – amer – signature – mobilisation – promotion – tradition – balcon – héroïne – solitude – écran – tremblement – bredouille – égarement – oral – dévotion – extravagance – copuler – lassitude – virgule – brousse – épuisée
Il y a 28 mots, ce qui veut dire que vous avez le droit d’en mettre un, deux ou trois au choix, de côté.