vendredi 3 janvier 2014

Les vases communicants - janvier 2014 (27) Marilyn Gillaizeau

Dans le cadre des vases communicants de janvier 2014, mon 27 ème échange de mots

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre...

L’aventure du 1er vendredi du mois de janvier est racontée ici.

Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir Marilyn Gillaizeau.



Mais place aux mots de Marilyn à qui j’avais envoyé trois de mes photos. Deux ont trouvé grâce à ses yeux


« Cocorico ! » 

Le prétentieux avait la crête rougie de clamer le réveil ! Extirpée sauvagement de mon rêve, j’enrageai.   Oki, t’a gagné, vieux... j’ferme la porte ! Mais t’inquiète, dans ma maison j’y retourne quand j’veux. Tu vois d’ailleurs, j’replonge la tête dans l’oreiller... garni de tes plumes !
Pauvre poulet qu’on fait gambader tout juste une petite quinzaine de jours à l’air libre !



Nous, on nous laisse trotter beaucoup plus de temps !
Toute une vie si on ne fait pas de bêtises.
Si on reste bien dans le périmètre tracé.
Soi au centre, et puis tout autour, l’univers.
Tout ce reste nous appartient totalement.

Eh oui, poulet, nous sommes libres, entièrement libres de disposer de tout.
Pas besoin de voler pour aller voir ! D’ailleurs toi non plus tu ne voles pas.

Mais ces senteurs, ces couleurs, ces reliefs, pour les connaître, faut bien aller... les voir ?

Zut, j’me réveillais avec une colle !

« Cocorico ! » 


Je n’avais pas dit mon dernier mot, ma maison réapparut aussitôt ! Avant de la contourner pour atteindre la porte, je ramassai l’énorme bouquet que j’avais cueilli et déposé sur le chemin tapissé de lavande. J’en humerai la douceur mille fois plus réelle que celle de mon oreiller, soupliné embobiné de lavande embidonnée par Colgate & Sons ! Mon bouquet arrangé, je le déposai sur la maie dans l’entrée. Sa présence me remplit illico d’harmonie, tout comme l’antre de mon paradis. Vierge de tout. Mutable à souhait et éternel. Le Graal entre les doigts, j’étais libre, libre de toutes les variations de mon cœur, m’entourant tantôt de briques, tantôt recouvrant ses murs de chaux, tantôt les peignant de couleurs florentines. Là, je poussai l’une après l’autre les trois portes de l’habitation de plein pied. Je m'y retrouvai seule. Personne n’occupait la méridienne rouge. Personne n’était passé. Personne n’avait ramassé le plateau de la théière, sa tasse, ni rincé le fond de thé rouge dans lequel flottait mon âme.
Personne non plus n’avait touché au livre de l’Intranquillité.
Nul Être n’avait annoté mes notes...
Avant de m’installer pour en reprendre sa lecture, j’ouvris la fenêtre. Le rideau voleta et un léger souffle me caressa délicatement le visage. Je débarquai sur la rive d’en face... celle que Pessoa dit « qu’elle n’est jamais puisqu’elle se trouve en face, la rive de ce côté-ci ». J’y aborde à volonté, déchargeant sur le quai toutes mes richesses avant de renflouer mes cales. Chacune de mes pensées, de mes tracés, s’imprime profondément sur le livre inécrit de la vie... parchemin indéchiffrable, oblong pour le mieux, toujours tour à tour soyeux, rugueux, miteux, joyeux, peureux, acrimonieux, adipeux, affreux : ambitieux, coléreux... Affectueux ? N’en tient qu’aux cieux...
Je suis la négation de Pessoa...
L’existence de la non-existence.

« Cocorico ! » 
  
© Janvier 2014 - Marilyn Gè

Grand merci à elle.


Pour pourrez découvrir mes mots autour des deux mêmes photos, 
ici

Merci également à Brigitte Célérier dont il faut saluer la somme de travail tout au long du mois pour rassembler tous les liens et allez lire ses impressions de lecture… un petit bijou chaque mois.

Et que sont les VASES COMMUNICANTS ?
Emprunté à Pierre Ménard, car pourquoi dire mal ce qui a été si bien dit :

« François Bon Tiers Livre et Jérôme Denis Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants (au départ cela s’appelait le Grand dérangement, pas peu fier d’avoir trouvé ce titre de vases communicants) : Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Beau programme qui a démarré le 3 juillet 2009 entre les deux sites, ainsi qu’entre Fenêtres / open space d’Anne Savelli et Liminaire. 

Si vous êtes tentés par l’aventure, faîtes le savoir sur le mur du groupe Facebook des vases communicants


lundi 30 décembre 2013

Une photo, quelques mots (108), La rumeur

@ Marion (twentythreepeonies)

La rumeur.
La rumeur s’était répandue très vite.
Elle avait franchi les murs pourtant très épais de l’immeuble où Florian se cloîtrait depuis maintenant trente-deux jours.
Depuis le jour, où la peur bleue était revenue dans sa vie.

Maudit le jour où il avait regardé le toit de la maison d’en face.

C’était un jour comme les autres ; tout du moins, il le croyait.

Ce lundi-là, il venait de se lever, avait enfilé le premier tee-shirt qui lui était tombé sous la main, un noir. Il n’avait que des tee-shirts noirs.
Puis, il s’était dirigé vers la fenêtre, comme tous les matins, depuis des années, sa façon à lui de se mettre en route pour la journée qui commençait, son enfer quotidien qu’il essayait d’apprivoiser jour après jour.
Avant, il avait mis de l’eau à chauffer pour son thé blanc de Chine, toujours le même, le Bai Mu Dan, souvenir d’un de ses lointains voyages, du temps où il partait.
Maintenant, il ne voyageait plus que dans sa tête.

Maudit ce jour où il avait regardé le toit de la maison d’en face.

Que faisait-elle là-haut, à se prendre pour un oiseau ?
Elle avait une robe blanche, une robe de mariée, la même il le jurerait que celle que Julia portait le jour de leurs noces.
Soudain, elle avait pris son envol. Il voulut crier mais aucun son ne sortit de sa gorge. Elle volait, elle volait et elle disparut.

C’était un jour comme un autre ; mais ce lundi-là, elle était revenue. Elle s’était de nouveau envolée. Elle avait disparu de nouveau.

Il recommença à avoir peur, cette peur qui lui tenaillait le ventre, nuit et jour.

D’autres avaient levé la tête ce lundi-là. D’autres l’avaient vue s’envoler et disparaitre.

La rumeur s’est répandue très vite.



vendredi 6 décembre 2013

Les vases communicants - décembre 2013 (26) : François Morey

Dans le cadre des vases communicants de décembre 2013

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre...

L’aventure du 1er vendredi du mois de décembre est ici.

J’ai le plaisir de recevoir François Morey, que vous pouvez suivre ici

Un échange de photos, un choix, un incipit et des mots qui ont jailli, que je suis très heureuse d’accueillir.


Mais place aux mots de François Morey



Photo © Danielle Masson 22 septembre 2013


Évidemment, l’objet est beau
Destin bancal, suivre le fil à cloche-pied, du bois d’ipé au carrelage de l’arrière-cour, il faut franchir le portail peint. Évidemment l’objet est beau mais c’est quand même une barrière, une clôture, une frontière. Dehors le seau est vidé, dedans il est presque plein. Alors surgit la voix du fou chantant :
Ah qu'il est beau le débit de lait
Ah qu'il est laid le débit de l'eau
Débit de lait si beau débit de l'eau si laid
S'il est un débit beau c'est bien le beau débit de lait

François Le Niçois



« Évidemment, l’objet est beau » est l’incipit de :
Cravates [Texte imprimé] / Marc Solal ; préf. de Sophie Fontanel. - Paris : Assouline, 2003 (impr. en Italie). - 9-[71] p. : nombreuses ill. en coul., jaquette ill. en coul. ; 23 cm.
ISBN 2-84323-436-0 (br.) : 16 EUR. -





Grand merci à lui.
Merci également à Brigitte Célérier dont il faut saluer la somme de travail tout au long du mois pour rassembler tous les liens et allez lire ses impressions de lecture… un petit bijou chaque mois.


Et que sont les VASES COMMUNICANTS ?
Emprunté à Pierre Ménard, car pourquoi dire mal ce qui a été si bien dit :

« François Bon Tiers Livre et Jérôme Denis Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants (au départ cela s’appelait le Grand dérangement, pas peu fier d’avoir trouvé ce titre de vases communicants) : Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Beau programme qui a démarré le 3 juillet 2009 entre les deux sites, ainsi qu’entre Fenêtres / open space d’Anne Savelli et Liminaire. 

Si vous êtes tentés par l’aventure, faîtes le savoir sur le mur du groupe Facebook des vases communicants



jeudi 31 octobre 2013

Les vases communicants - novembre 2013 (25) : Eric Dubois

Dans le cadre des vases communicants de novembre 2013

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre...

L’aventure du 1er vendredi du mois de novembre est ici.

J’ai le plaisir de recevoir Eric Dubois, que vous pouvez suivre ici ou ici.

Plaisir renouvelé car déjà les mots d’Eric Dubois avaient trouvé une place sur une de mes pages en avril 2012

Eric Dubois est né en 1966 à Paris. Auteur de plusieurs ouvrages de poésie aux éditions Le Manuscrit, Encres Vives, Hélices, l'Harmattan, Publie.net .Responsable de la revue de poésie en ligne « Le Capital des Mots ». Blogueur : « Les tribulations d'Eric Dubois ».  Chroniqueur dans l'émission « Le lire et le dire » sur Fréquence Paris Plurielle (106.3 fm Paris) depuis 2010.


Merci également à Brigitte Célérier dont il faut saluer la somme de travail tout au long du mois pour rassembler tous les liens et allez lire ses impressions de lecture… un petit bijou chaque mois.

Mais place aux mots d’Eric Dubois

Hier quelque chose

Le mot qu'on trouve

Partir n'a pas de sens

Équivoque

Les nuages sont gros

Hier quelqu'un est tombé

Il faut donner à moudre

Les étrennes

Qui a regardé l'autre?

Ne pas savoir

Plier le papier en quatre

Hier quelque chose

La ville est une rumeur

On attend la déchirure

Ces fleurs découpées dans la cendre

Hier quelqu'un a vu

Le précepte intime du désir

Chacun dans ses attributions

La dernière silhouette

Dans l'ouverture de la fenêtre

Octobre 2013

ERIC DUBOIS


Grand merci à lui.


Je me suis permis ce nuage Wordle TM 

 pour illustrer ses mots...



Merci à lui de m'avoir accueillie sur son blog "les tribulations d'Eric Dubois" pour ma contribution à cet échange de vases.... ici

Et que sont les VASES COMMUNICANTS ?
Emprunté à Pierre Ménard, car pourquoi dire mal ce qui a été si bien dit :

« François Bon Tiers Livre et Jérôme Denis Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants (au départ cela s’appelait le Grand dérangement, pas peu fier d’avoir trouvé ce titre de vases communicants) : Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Beau programme qui a démarré le 3 juillet 2009 entre les deux sites, ainsi qu’entre Fenêtres / open space d’Anne Savelli et Liminaire. 


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jeudi 3 octobre 2013

Les vases communicants - octobre 2013 (24) : Amélie Charcosset

Dans le cadre des vases communicants d’octobre 2013

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre...

L’aventure du 1er vendredi du mois d’octobre 2013 est ici ou ici.

J’ai eu le plaisir d’accueillir Amélie Charcosset.
Prenez le temps de la découvrir ici, ou , ou encore ici.

Merci également à Brigitte Célérier dont il faut saluer la somme de travail tout au long du mois pour rassembler tous les liens et allez lire ses impressions de lecture… un petit bijou chaque mois.

Mais place aux mots d’Amélie sur une photo du

Port de Saint Tropez - 21 janvier 2013 – Photo prise par 32 octobre


Et avec 32 mots à voler dans son Abécédaire de l’exil/du dépaysement.





[Le chant des errants]

C’est le port c’est le fou c’est mon tort c’est ton cou
C’est la mort c’est le tout c’est nos corps on s’en fout
C’est ce qui bout alors quand soudain tout à coup
On s’exaspère encore gâchant ce qui se joue

C’est la guerre qu’on tente, et la porte fermée
Terre ferme inventée, et nos amours en pente
Loin l’espérance lente, et la valse qui chante
Des vies qu’on a ratées, nos chagrins désuets

Les défis qui défilent, brouhaha chahuté
Partir pourquoi pleurer, rire de rage épais
Doigts croisés immobiles, chercher le changement
Nous aurons nos étés, nous aurons cent printemps.

Beauté des imminents, et naître de nouveau
C’est le port c’est tout nous, les reflets de nos peaux
Les aspects du passé, ceux qui fichent le camp
Les camps laissés figés et le chant des errants

Comprendre sans chercher, construire sans cacher
Laisser l’excitation à ceux qui la voudraient
C’est le bain c’est les flots c’est le un le zéro
Laisser l’inhibition à ceux qui craignent l’eau.

Quand le manque est trop loin et les sens bien trop là
Quand le souvenir frêle vibre sous mes paupières
Et quand la vie s’emmure et vient creuser nos pas
Quand la crainte est à cran Quand donc serai-je entière ?

Et les graines qu’on sème et les routes qu’on prend
Les révoltes qu’on mène, les valises qu’on tend
Les territoires qui bougent et les sables mouvants
Les questions que l’on ose, et l’espoir qui se pend

Horizons d’habitudes, à compter jusqu’à mille
Le port en interlude, le départ se faufile
J’ai grandi dans des choix, des pourquoi des comment
Ou quitter le bateau, ou rester en courant.

Grand merci à Amélie Charcosset.

Et que sont les VASES COMMUNICANTS ?
Emprunté à Pierre Ménard, car pourquoi dire mal ce qui a été si bien dit :

« François Bon Tiers Livre et Jérôme Denis Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants (au départ cela s’appelait le Grand dérangement, pas peu fier d’avoir trouvé ce titre de vases communicants) : Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Beau programme qui a démarré le 3 juillet 2009 entre les deux sites, ainsi qu’entre Fenêtres / open space d’Anne Savelli et Liminaire. 


Si vous êtes tentés par l’aventure, faîtes le savoir sur le mur du groupe Facebook des vases communicants

vendredi 2 août 2013

Les vases communicants - août 2013 (23) : Christophe Grossi

Dans le cadre des vases communicants du mois d’août 2013

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre...

L’aventure du 1er vendredi de ce mois, ce 2 août 2013, est ici ou ici.

J’ai le plaisir d’accueillir Christophe Grossi que vous pouvez découvrir aussi ici...

Un livre qui n’est jamais bien loin sur le bureau ou dans le sac pour une séance de « Lire et faire lire »


*« En ce temps-là, le léopard n'avait pas de taches, mais une belle robe couleur de sable » est l'incipit de « Les taches du léopard » (« How the Leopard Got His Spots »), un des contes des Histoires comme ça (Just So Stories) de Rudyard Kipling.

Un incipit qui a donné naissance à une longue phrase…
Prenez votre souffle, appréciez, délectez-vous en…

Puis relisez-là à haute voix…

Une phrase (idiote) comme ça

En ce temps-là, le léopard n'avait pas de taches, mais une belle robe couleur de sable* et, là où le félin vivait, le commerce se portait à merveille puisqu'il n'avait pas encore été importé – la mode vestimentaire non plus du reste (ce qui ne devrait même pas être précisé puisque, comme tout le monde le sait, les animaux – hormis quelques-uns d'entre eux, domestiqués, amourachés de créatures accrochées à leurs escalopes milanaises ou alors tout simplement nés pour foutre le bazar – n'ont jamais couru les soldes ni léché les vitrines sauf lorsqu'un porc-épic suicidaire ou un lièvre inconscient ont eu l’outrecuidance de les tenter en venant frotter leur croupe affamée de sexe contre la vitre d'un 4x4 abandonné) et comme le commerce du prêt-à-porter n'avait pas encore fait son apparition dans ces régions (bien que les félins auraient pu se demander pourquoi ces bipèdes qu'ils apercevaient parfois – fusils, clopes, portables, filets, jumelles, etc., dans leurs mains – s'emmitouflaient dans de drôles de feuilles et de lianes colorées) jamais on n'en parlait lors des réunions mensuelles ou quand on se retrouvait près du lac pour boire un verre et qu'on papotait longuement avant la sacro-sainte sieste crapuleuse, mais voilà, comme toute chose, bonne ou mauvaise, a une fin, il avait suffi qu'un drôle de zigue se pointât la gueule enfarinée (on ne connaîtra jamais la vérité, le boxeur Australien ayant été apparemment shooté dans son bush natal avant d'être largué en pleine savane) dans l'antre de la première famille léopard venue, en slip et non à poil comme il aurait dû l'être, pour changer à jamais la donne et le paysage et les couleurs et les mentalités de toute cette région jusque-là préservée (comme vous l'aviez sans doute deviné) et ce n'est pas rien vous savez ce que le kangourou titubant a fait ce jour-là (malgré lui, il est sans doute devenu l'inventeur de cette chose qu'on enseignera plus tard aux étudiants de première année dans les écoles de commerce, de publicité, de marketing et de communication : créer du désir mais surtout créer le besoin), ce n'est pas rien, non, la famille léopard pourrait d'ailleurs témoigner qu'elle a commencé à se déchirer à ce moment-là : trop classe son slibard, je veux le même, maman, ce soir je vais à une teuf dans une grotte tu pourrais m'acheter le même ? (exemple de demande qu'on aurait pu enregistrer si le ZOOM H4n avait existé), les fils léopards sautant partout, les filles léopards ne quittant plus des yeux le calfouette du rouleur de mécaniques, les mères se signant, les pères devant reconnaître qu'ils se sentaient soudain dépassés par les événements, si bien que, pour tenter de remettre un peu d'ordre dans la savane, le vieux léopard avait dû demander au kangourou s'il pouvait céder son calbute (il aimait le blanc), alors ce dernier (quel malin, ce roi du triple saut) avait rétorqué qu'il avait besoin du sien mais que, s'ils le désiraient, il pouvait leur en faire faire, mieux même, que, pour satisfaire toutes les demandes (parce que bientôt il y en aurait des milliers), ils devaient construire une usine et des machines et travailler et travailler et travailler pour produire des calcifs comme le sien,... (pas la peine de s'étendre sur ce procédé qu'on connaît bien), qu'il pourrait ensuite leur vendre le produit fini à l'unité ou par lots (des nuits ensuite à créer une monnaie : sur ce coup-là, ce sont les singes qui ont pris le dessus et le contrôle de la banque centrale), qu'ils pourraient ainsi les acheter et que, pour aller plus loin encore, on ne les ferait pas blancs, mais de la couleur de leur pelage (so chic, bondissait le marsupial) mais voilà, alors qu'on était sur le point de trouver un accord, les zèbres ont débarqué en masse, et les lions aussi, puis sont venus les oiseaux, les papillons, les paons, toutes sortes d'animaux tachetés, ocellés, tigrés, qui eux voulaient un slip rappelant leur pelage ou leur plumage mais, malins chez les malins, ceux-là avaient d'emblée souhaité pouvoir se les échanger lors des soirées très private (le paon rêvant d'arborer un slip kangourou, le petit satyre des bois celui du jaguar, etc.), si bien qu'à la fin seuls les léopards (les dindons de la farce) se sont retrouvé avec des barslows unis, sans intérêt, mais fort heureusement (on a choisi une histoire qui se termine bien), la petite d'un léopard, en tombant amoureuse d'un ocelot, donnera naissance quelque temps plus tard à l'élu, au patron : un animal tacheté (il en aura fallu du temps, n'est-ce pas ?) qui deviendra naturellement (après dépeçage) le premier modèle de slip léopard, ce must-have qui détrônera rapidement, et de loin, le slip kangourou, kangourou qui, selon nos sources à sec, aurait disparu du jour au lendemain (on n'est plus à une bizarrerie près) sans demander son reste ni son froc.

Christophe Grossi, 26 juillet 2013


Grand merci à Christophe Grossi
Merci également à Brigitte Célérier dont il faut saluer la somme de travail tout au long du mois pour rassembler tous les liens et allez lire ses impressions de lecture… un petit bijou chaque mois.


Et que sont les VASES COMMUNICANTS ?
Emprunté à Pierre Ménard, car pourquoi dire mal ce qui a été si bien dit :

« François Bon Tiers Livre et Jérôme Denis Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants (au départ cela s’appelait le Grand dérangement, pas peu fier d’avoir trouvé ce titre de vases communicants) : Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Beau programme qui a démarré le 3 juillet 2009 entre les deux sites, ainsi qu’entre Fenêtres / open space d’Anne Savelli et Liminaire. 


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