dimanche 16 octobre 2011

Le "J'aime / J'aime pas" de la semaine (8), le dimanche 16 octobre 2011


Une adaptation du



Sur une idée de Miss Alfie,, mis au goût du jour pour répondre à la consigne des Impromptus littéraires de la semaine, ici les textes écrits à l'occasion :
« Nous vous proposons d'organiser votre texte, sur le ton et dans le genre qui vous conviennent, 
en sept parties
 (strophes ou paragraphes) ; ceci afin d'illustrer ce qui sera (aura été ?) "Une semaine de...". De quoi ? »

J’ai fait d’une pierre, deux coups… le temps manquant comme souvent… donc...

En 7 « j’aime, j’aime pas », ma semaine 42 du mois d’octobre 2011, racontée à la manière suggérée par Miss Alfie,


1  Cette semaine, j’ai aimé plus que tout :
©    
ce lundi, me blottir dans tes bras… et oublier ces jours d’absence trop longs.
Le soleil est revenu, tous les nuages se sont envolés. La vie est redevenue belle, comme les étoiles qui brillent dans tes yeux.

2  Cette semaine, j’ai beaucoup aimé :
©    
Retourner lire aux enfants de la maternelle. Certains ont beaucoup grandi depuis juin dernier. De nouveaux petits diables sont arrivés. J’ai ri quand quatre chipies sont venues me dire : « on reste entre filles. On veut pas les garçons ». Il m’a fallu négocier pour qu’un petit Raphaël puisse venir. Quand même… du haut de leur à peine quatre ans ! Il s’est fait tout petit au bout du banc mais l’histoire du loup avançant, il a mis son grain de sel, s’est rapproché et elles ont ri avec lui, ayant oublié qu’elles ne voulaient pas de sa présence.

3  Cette semaine, j’ai aimé :


©    
Animer un atelier d’écriture autour des peintures de Judith. Jouer avec les mots et sa femme-chat, jouer avec son prénom et choisir mon tableau préféré et le lui dire. Les autres écrivants ont fait de même. Je lui ferais un livret pour qu’elle sache que ses tableaux nous interpellent.
©    
Aller écrire à la Tour d’Aigues avec Frédéric Forte et me frotter à de nouvelles contraintes de l’OuLiPo avec un groupe très varié et aux mots si différents.

4  Cette semaine, j’aurais aimé :

J  
Avoir le temps de poncer les volets, de les peindre, de ramasser les feuilles mortes
J

Savoir illustrer mes textes écrits

5  Cette semaine, je n’ai pas aimé:
M    
toute la semaine, qu’il ne pleuve pas même quelques gouttes, malgré un espoir donné par la météo. Mes réserves d‘eau baissent, les plantes et arbustes baissent du nez et moi j’arrose, j’arrose…

6  Cette semaine, je n’ai pas aimé du tout, du tout:
M    
Ne pas avoir eu le temps de lire plus de 32 pages… cela me manque et ma Pile A Lire ne diminue pas


7  Cette semaine, cela m’est passé au-dessus de la tête :
v  
Les primaires socialistes, le Carlton de Lille, l’arrivée de l’I Phone 4S et les problèmes des Blackberry

ÿ     
Mais pas l’annonce, sauf dernière minute, de la libération du soldat Gilad Shalit
ÿ     



vendredi 14 octobre 2011

Défi du samedi (7), défi 163 - La boîte à lettres


08 octobre 2011

 

En réponse au

Défi #163


A vous de la faire parler !

-       T’as vu, ils ne savent pas quoi inventer ?
-       Moi, je trouve cela touchant
-       Touchant… tu aurais dit nian-nian…
-       Non, touchant…cela me fait rêver… comme certainement, celui qui l’a faite…
-       Tu me déçois

Dialogue que j’ai surpris alors que j’étais assis sur le banc tout à côté, ces deux-là ne m’ont même pas vu. Trop occupés à s’invectiver. Ils ne vieilliront pas ensemble !



-       Papa, maman, regardez ! c’est la maison à Lucky Luke !
-       Mon chéri, ne crie pas si fort. Le monsieur là-bas va croire que tu te moques de lui
-       Je ne me moque pas ! je suis sérieux ! je te dis que c’est la maison à Lucky Luke
-       Mais Lucky Like, c’est une BD… il n’a pas existé.
-       Dites, Monsieur, c’est vous Lucky Luke
-       Oui, mon garçon.
-       Qu’est-ce que je vous avais dit !

L’innocence de l’enfance. Quel plaisir d’entendre ces mots.



-       Bonjour, Monsieur. Je suis le journaliste du L’écho Maximois. Nous avons rendez-vous.
-       Bonjour, jeune homme. Qu’y a-t-il pour votre service ?
-       J’aimerai que vous me parliez de votre boîte aux lettres. Comment vous est venue cette idée ?
-       C’est une longue histoire. Vous avez le temps ?
-       Tout le temps que vous voulez…

Nous sommes rentrés dans la maison. J’ai sorti la bouteille de guignolet. Il a mis en route sa machine à enregistrer les mots et je lui ai raconté… Quand il est parti, la nuit tombait, il souriait comme un enfant.


Plumes épistolaires (1), Trèfle à son hôtesse



LES PLUMES ÉPISTOLAIRES  

Publié le  par Asphodèle


v Si J’étais…

Sieur Trèfle
Poulailler de l’Olivier
32 Bout du chemin
ROC SUR GREEZ


Madame et chère hôtesse,


Vous écrivant au point du jour, je pourrais vous coqueliner les mots qui vont suivre et non vous les écrire, mais je ne crois pas que vous ayez étudié le langage coq au collège et en plus il y a si longtemps. Je crois d’ailleurs que vous étiez nulle en langues étrangères. J’ai mes sources.


Je suis le sieur gallinacé de votre humble demeure, où vous avez bien voulu m’accueillir il y a maintenant plus d’un an, très exactement 473 jours (soit 14 fois 32 + 25 unités – je connais votre attirance pour le 32).

Je suis encore traumatisé par cet événement qui m’avait fait atterrir en deux temps trois mouvements chez vous. J’avais été chassé avec ma première compagne, Pépette (paix à son ame) d’une maison où mon poulailler est devenu pool-house pour deux donzelles qui du jour au lendemain ne nous regardaient même plus. Elles mangeaient les œufs amoureusement pondus par Pépette et c’est tout. Nous avons été négligés après l’attrait de la nouveauté : oh, les mignons poussins ! Tu parles !


Mais là, je me dois de vous écrire pour vous faire part de mon désarroi.


Je n’avais pas osé vous déranger lors du départ précipité de deux compagnes… par les soins d’un chien errant ou d’un renard malin. Dure loi de la nature !
Je ne passe pas un jour sans lancer un cocorico à leur attention. Je suis persuadé qu’elles m’entendent au paradis des volatiles.

Je me dois de vous aviser de faits très inquiétants venant de se dérouler pendant la dernière quinzaine.

Vous n’avez pas manqué de vous en apercevoir.
Je sais que vous avez pleuré et que avez été triste de longs jours.

Mais revenons à nos moutons, si je peux me permettre.

Mon harem s’est réduit à deux seules gallinacés et comprenez mon émoi et ma détresse.
Nous étions 5 dans notre logement 4*, que vous nous avez aménagé au fil des jours avec un renforcement de la sécurité impressionnant.

Mais, nous ne sommes plus que 3.

En effet, cette chienne venue de nulle part que vous avez accueillie (je ne peux vous reprocher votre bon cœur) a estourbi Jabote, la poule noire au poitrail roux. Vous avez été témoin de ce triste événement. Je vous ai même entendu téléphoner, à un refuge ne supportant pas cette action meurtrière.

Puis, vous avez tempéré, cette Gala s’est montrée brave et tellement attachante bien que je m’en méfie à tout instant. Elle a son chic pour vous regarder en penchant la tête et en faisant ses yeux malheureux.

Une quinzaine après, j’ai du pleuré ma Nénette et là, c’est la goutte de sang qui fait déborder le vase.

Gala en était-elle responsable, malgré toutes vos précautions, je le crois et je le crains.

Nous allons devoir tous les deux prendre une grave décision.

C’est elle ou nous !

Mais je sens que je ne peux vous imposer ce choix cornélien…

Alors qu’allons-nous faire ? Instaurer des tours de promenade comme si nous étions en prison… vous imposer une discipline draconienne pour ne jamais nous laisser libres ensemble.

A chaque instant, vous êtes responsable de moi et de mes compagnes (au fait, ne pourriez-vous pas inviter deux nouvelles poulettes dont une belle poule blanche…), je vous lance cet appel de détresse : sauvez-nous !

Entendez mon coqueriquement désespéré et veillez sur nous.


Croyez, Madame et chère hôtesse, à notre dévouement.

Glou glou glou
Sieur Trèfle pour vous servir










Sous ma dictée
Par la plume de


Rdv avec un mot (2) Christine, I - Histoire de Rimma Ryskaïa - Rivière

Désir d'histoires (3) Christine, Atelier 43 - II - Rimma Ryskaïa II





Sur une idée d’Olivia,

Des mots, une histoire 48


Les mots de Christine,
de tout là-bas en Chine


Suite de chez Eiluned, des éditions 43, 44, 46, 47 d’Olivia

V I– Histoire de Rimma Ryskaïa


Le médiocre repas avait assouvi son angoisse pour quelques instants.
Puis, elle s’était concentrée sur la descente : plus bas, la mer sombre et attractive, s’étendait infinie.
Maintenant, dos appuyé contre un pilier, le mouvement lent et hypnotique du tapis vomissant les bagages la laisse dans un état flottant. Surgit soudain de la bouche noire sa valise, dont l’autocollant entérine son origine : lion et serpe d’or, blason de sa ville. Sa valise donc, retombe lourdement dans un bruit assourdit sur les lattes de caoutchouc tournantes tandis que de l’autre côté, le sourire sincère de sa voisine de voyage s’imprime dans sa mémoire.

Une fois la porte vitrée franchie, visages scrutateurs et papiers nominatifs lui font face violemment, et bien sûr, de Rimma : rien. Luttant contre la douleur et la rage qui la transpercent, Terechka rappelle à ses nerfs le sourire mémorisé .C’est  décidé, il serait le canot de sauvetage de ses moments désespérés.

Claquement du coffre se refermant sur sa valise, claquement de la porte se refermant sur elle, battement accéléré de son cœur, le taxi soupe-au-lait démarre. L’adresse est donnée, plus de marche arrière possible. Dehors, les palmiers se plient, c’est ça le mistral ?
Dans sa main, la photo  bien protégée de Rimma, année 82.

Débarquée sans ménagement, la voilà devant la porte d’un immeuble niçois à la façade ocre.
Personne ne répond lorsqu’elle appuie plusieurs fois son doigt ganté sur la dernière sonnette.
Il est tard, il fait froid, le vent ne faiblit pas, elle est fatiguée, se sent défaillir et  n’a qu’une envie, se coucher.
Elle recule un peu, détaille les alentours, et aperçoit, planqué derrière la fenêtre gauche  du rez-de-chaussée, un gros chat tigré au regard suspicieux.
Instinctivement Terechka, dont l’univers est peuplé d’animaux symboliques, succombe encore une fois aux lois de l’anthropomorphisme. Ce chat l’invite à frapper, elle en est persuadée, elle l’entend l’appeler.
Pendant quelques instants, elle se revoit dans l’atelier de son grand-père, elle tout petite, à genoux sur un haut tabouret, les coudes sur l’établi. Alors que sur le sol les copeaux tombaient et s’amoncelaient en tapis odorant, naissait entre les mains du vieil homme à l’animalisme convaincu, la tête d’un ours ou d’une gazelle. Seuls, le raclement des outils engendraient une petite musique contemporaine, faite de frottement et tintement métallique.

Oui, de l’autre côté de ce carreau semble régner une si douce chaleur d’hiver qui lui rappelle ces moments là, passés dans l’intimité de l’atelier.

La porte d’entrée s’entrouvre brusquement, un jeune garçon  sort en courant, la bousculant au passage. Profitant de cette ouverture, Terechka rentre dans le hall de l’immeuble et frappe à la porte de gauche.
Le visage d’une femme asse jeune apparait dans l’encadrement. De l’intérieur un souffle chaud se dépose sur son visage glacé. Encore une fois, pense-t-elle la chaleur, humaine ou matérielle, vient à se manifester…  De ce qu’elle suppose être la cuisine, Terechka perçoit  le sifflement si caractéristique d’une bouilloire et, lasse de tout ces signes compromettant ses humeurs en incessants aller-retour, elle sent  à nouveau s’abattre  ce désir très fort et vital d’aller dormir,  de tout remettre au lendemain.


Les mots imposés pour l’édition 48 de Des mots, une histoire sont :


pilier – autocollant – mistral – défaillir – canot – photo – anthropomorphisme – gazelle – soupe-au-lait – sincère – assouvir – dormir – vent – souffler – bouilloire – désir – chaleur d’hiver – animalisme – douleur


Désir d'histoires (12), Léa a 15 ans...



Sur une idée d’Olivia,



Des mots, une histoire 43

Une nouvelle récolte de mots ! Cliquez ici pour les explications…
Le défi est lancé.

Les textes de la semaine, au 14 octobre 2011, ici

La récolte de Des mots, une histoire 43 a donné ceci comme mots imposés :
Tryptique – cheminée – essentiel – biscuit – circonvolution – abbatiale – licorne – porte – masque – destinataire – délicatesse – hybride – douce – guignolet – lécher – désemparé – suriner – châtaigne – vache – platane – dérapage



Léa a 15 ans…

Léa progressait de plus en plus dans sa pratique de la photographie. Ses photos étaient de plus en plus léchées.

Ses 15 ans triomphaient de photographes chevronnés et surtout plus âgés.

Ses dernières œuvres : les tryptiques de Trèfle, dont ci-dessous un modeste échantillon.

                     


Ils lui avaient permis de remporter le 1er prix au concours spécial de Roc-sur-Gréez. Le trophée trônait maintenant sur le manteau de la cheminée de son grand-père.

Son grand-père était son Pygmalion depuis sa plus tendre enfance. Il était donc essentiel que ce trophée lui revienne en partie. Il en était destinataire aussi en raison de toute la patience qu’il avait mis à lui enseigner ce 8ème art.


Léa, Douce, comme il la surnommait, s’exerçait à photographier son coq mais aussi nombre de statuettes de biscuit que Alan, l’ami de son grand-père fabriquait. En effet, Alan n’était pas que le spécialiste de Pausanias le Périégète mais aussi celui d’Etienne Falconet, célèbre sculpteur du règne de Louis XV dont il s’appliquait à essayer de reproduire, avec délicatesse, les œuvres en terre cuite et en biscuit. Comme s’il n’avait que cela à faire. Mais c’était sa passion, son délassement.


Elle avait assisté à une de ses dernières conférences données à l’abbatiale Sainte-Foy de Conques[1], sur le chemin de Compostelle.
Ses circonvolutions verbales enchantaient Léa, tout autant qu’elle la faisait rire. Alan en jouait.
Elle aurait aimé, là-bas, y trouver la licorne cachée dans les vitraux de Pierre Soulages. Cela la laissa désemparée. Cette licorne était-elle un monstre ou un hybride. Elle se contenta de faire de nombreuses photos, sans répondre à cette question relative à l’animal mythique, des portes et du tympan, sans risque d’être surinée[2] comme dans les temps jadis.

Elle s’appliqua aussi à photographier sous tous les angles le masque antique du 4ème siècle qui avait été retrouvée.

A son retour, elle décida de changer son fusil d'épaule et partit faire un tour dans le verger de Donald.

Elle photographia cette variété de guignes qui permettait de faire du guignolet, plus exactement l’arbre qui les portait en temps habituel. Elle ne s’arrêta pas là et poursuivit sa quête par celle des châtaignes. Elle les photographia et les récolta.
Plus loin, elle aperçut des vaches et, surprise, une grande allée de platanes qui menait à une maison située au lieu-dit Dérapage.






[2] Poignarder, donner un ou plusieurs coups de couteau.

lundi 10 octobre 2011

Une photo, quelques mots (11), Mémette et Elle


Grâce à Leiloona et à sa proposition du


04 octobre 2011

Spotted – 29 novembre 2010

Les autres textes sont ici

Pour Mamie Charmette et Elle


Pourquoi garde-t-il cette photo dans son portefeuille ?

C’était il y a si longtemps. Trop longtemps. La douleur est toujours là.

Dans son portefeuille, cela fait la dixième fois, qu’il change la photo.
La photo, il en a fait trente-deux tirages, pour ne jamais oublier.
Même format, même portefeuille. Elle continue d’être ainsi près de lui.

Dans son appartement, celui qui devait devenir le sien, le leur si… il y avait la même photo mais en 3 * 2.
Cette photo, la dernière photo agrandie démesurément qu’il a d’elle.
La dernière photo qu’il a donnée à tout le monde le jour de … pour qu’ils n’oublient pas, eux non plus.

Il s’excuse. Il y a des mots qu’il ne peut plus prononcer depuis qu’elle… oui depuis qu’elle l’a quittée. Elle ne l’a pas quitté volontairement. Elle n’aurait jamais fait cela. Lui non plus, il n’aurait jamais pu. Ils étaient des jumeaux astraux. Ils s’étaient trouvés. Rien ne pouvait les séparer. Rien n’aurait jamais dû les séparer.

Cette photo, il se souvient.

Il leur avait fait un grand sourire, le photographe du train de 7.33, ce 9 septembre. Ils avaient l’habitude de le voir, une fois par mois, tous les 9. D’après ce qu’il leur avait expliqué, il préparait un livre de photos, des photos de ces voyageurs anonymes auxquels il prêterait une vie.
Il prenait des photos de chaque voyageur qui empruntait le tortillard entre la capitale du Maine et cette ville dont le nom se lit dans les deux sens, cette ville palindrome. Exactement 41 minutes de pur bonheur partagé. Un petit signe de la tête, il refaisait une photo avec son appareil polaroid et il leur offrait. C’est ce qu’il fit ce 9 septembre.

Cela faisait deux ans qu’ils prenaient ensemble ce train pour aller travailler. Ils n’avaient pas voulu quitter la maison que sa grand-mère à elle leur avait offerte le jour de leurs fiançailles. Mamie Charmette se faisait trop vieille. Elle était partie en maison de retraite, pour mieux préparer le grand départ. Elle n’a jamais su Mamie Charmette que sa petite-fille était partie ailleurs cinq ans jour pour jour avant elle-même. Mamie Charmette avait perdu sa tête, un petit mois après leur avoir offert sa maison pour abriter leurs amours. Ils s’étaient décidés à la vendre cette maison pour payer sa maison de retraite. Ils venaient juste de signer l’achat de cet appartement dans cette résidence luxueuse de la ville où ils travaillaient tous les deux. Ils n’allaient plus emprunter le train chaque jour.

Ce matin-là, il avait fait un signe de la tête au photographe. Elle avait posé sa tête sur son épaule. Il avait baissé la tête. Depuis tout petit, il n’aime pas regarder le photographe. Il a peur qu’il lui vole son âme et ses pensées.

Il leur avait remis la photo. Il les avait félicités. Il leur avait souhaité tout le bonheur possible. Le photographe ne savait pas qu’il ne les reverrait jamais. Elle surtout, il ne pourrait jamais la revoir.

Elle, celle de la photo et lui, celui qui parle… oui il parle de lui à la troisième personne, il croit comme cela avoir moins mal. Il est devenu spectateur de sa propre vie.

Donc eux, ils ont pris le train du retour dans la maison de la grand-mère pour la dernière fois. Ils vont préparer le déménagement. Ils suivront le camion de déménagement pour commencer leur nouvelle vie, à la ville arrivée de leur train, lors de ces deux dernières années.

Ils riaient. Ils pensaient à tout ce qu’ils devaient faire avant le lendemain. Ils s’embrassèrent. Ils ne savaient pas que c’était la dernière fois. Ils s’apprêtaient à …
Elle s‘écroula soudain. Ils dirent rupture d’anévrisme. Elle avait 32 ans. Elle n’avait jamais été malade. Elle venait de le quitter. Il n’a jamais oublié ce 9 septembre. Il ne l’a jamais oubliée. Il ne l’a jamais remplacée.

Il n’a plus que cette photo.
Cette photo d’eux, ce 9 septembre.
Il y a trop longtemps.
Il attend pour aller la rejoindre.
Il attend depuis trop longtemps.


Rdv avec un mot (1) Kira, danse



tous les textes, ici

Lundi 10 octobre 2011 : danse


Danse de la vie
Danse Folklorique © Anthony Cocain septembre 2006
Danse folklorique Turque dans un quartier historique d'Istanbul.

Dans la rue d’Istanbul
Les chats se mettent à danser
Les voitures trottent
Les hommes galopent
Tandis que les reins des femmes
S’arrondissent autour des notes
« D’ Araba sé var »
Tantôt des sol, tantôt des la dièse,
La mélopée tourne autour des mosquées
Et s’engouffre dans les cafés
Là, au coin d’une table,
A l’ombre d’un regard sombre,
La danse de la vie poursuit son chemin,
Emporte sourires et clins d’œil
Sans un regard en arrière
Dans le tourbillon de la vie

Autour d’une grande table
Dressée comme pour un banquet royal
Le son des fourchettes cède la place
Aux sons d’une musique d’orient
Les bras montent,
Les croupes se dévoilent,
Les grand-mères se lèvent
Les fils en sueur les accueillent au cœur de la scène
La musique hurle sa joie de vivre
La digue est rompue
L’harmonique se rue
La danse est une transe
Les consciences s’oublient
Tout est là, tout est vie
Euphorie et plénitude

© RIA Novosti
Un après midi de septembre
Dans le village de Karaboulak
Le son de la doutar s’échappe
De la maison d’Ömer
Au fond du salon,
Ömer et Boulat ont décroché la dab et la doutar
Ils se sont d’abord rejoint sur les airs mélancoliques de « Djenim Attam »

Puis, sans un regard en arrière
Ils ont entamé le dernier hit de Bahargül, la fleur de printemps
La petite Anargül est arrivée avec ses cousines
Regards complices pleins de malices
Les mains qui tournent
Les fesses qui roulent
Les pieds qui tâtonnent
La voix d’Ömer se lève
Les R roulent autour des pieds d’Aïcha
Sa voix caresse les hanches d’Anar
Les regards des deux filles pétillent
Elles sont une danse
Elles sont un poème
Elles sont la vie, l’instant présent

La danse est en toi
Ce qu’elle raisonne en moi
La danse des rois et des rênes
Sans toit ni loi
Sans un regard en arrière
Autant de consciences qui s’oublient
Autant de pépites de vies


Signé © Kira