vendredi 3 octobre 2014

Les vases communicants - octobre 2014 (36) : Dominique Hasselmann


Dans le cadre des vases communicants d’octobre 2014, mon 36ème échange de mots,

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre...

Tous les liens vers l’aventure du 1er vendredi du mois d’octobre 2014sont ici.

Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir Dominique Hasselmann dont les mots sont ici.

Un échange de photos, de phrases d’une auteure que j’apprécie beaucoup, Anne Luthaud.
N’hésitez pas à aller découvrir ses différentes œuvres, ici ou .

Merci également à Brigitte Célérier dont il faut saluer la somme de travail tout au long du mois pour rassembler tous les liens et allez lire ses impressions de lecture… un petit bijou chaque mois.


Place aux mots de Dominique ...



Nature et découvertes

« L’eau sur laquelle je suis, c’est l’Atlantique, mais
on dirait la Méditerranée, plate, chaude, sans odeur,
brillante. Immobile surtout, égale. Et sans fin. Tant
mieux.
Il était où ton phare, le gardien ? » [i]

Le tangage n’avait pas cessé, la houle persistait et me roulait comme un galet. Il n’y avait rien où s’accrocher, pas de rambarde, de barre anti-roulis, de bastingage, de corde permettant de s’attacher au mât en attendant les sirènes, de cabine où enfouir les assauts de la mer.

Sur cet empilement de vagues, j’étais comme un fétu de paille, mais déjà trempé, détrempé, transi jusqu’aux os, je flottais comme un bouchon de liège, une bouteille sans papier glissé à l’intérieur, le mot SOS gravé sur le verre en transparence.

Personne ne m’apercevrait ni dans le jour, ni dans l’obscurité. Le vent avait trouvé un petit jouet et il me poussait vers cette île au loin : ce serait un havre de repos, de répit, mais là d’autres périls seraient cachés avant qu’ils ne fondent sur moi, qu’ils ne m’apportent de nouvelles tempêtes terrestres.

L’écume aux lèvres, l’écume partout, la mousse des vagues, le liquide salé de la Méditerranée, l’implacable mouvement de va-et-vient, l’escalade qui se retourne sur elle-même comme dans une toile d’Hokusai, un tsunami en réduction qui sortirait du cadre et envahirait le musée soudain inondé.

J’avais perdu tout espoir, nager n’était plus une priorité. Les flots me ballottaient et je me laissais faire, la terre approchait lentement, je distinguai maintenant les contours de la plage, l’eau claire et verte laissait passer les silhouettes de poissons bizarres, striés de noir et blanc.

Le ciel ne reflétait rien d’autre que l’absence de toute réponse. Les nuages, que je regardais à travers mes cils collés  par le sel, semblaient négliger mon naufrage : leur espace de déplacement était tellement plus vaste.

Le rythme du déferlement me rapprochait de la côte, ma montre s’était arrêtée sur 14 heures 15. Elle ne m’était plus d’aucune utilité sauf celle d’un accessoire auquel je tenais, peut-être parce qu’elle portait le nom de Nature et découvertes ? Ainsi le temps pouvait-il se figer, comme dans une fraction d’éternité où les aiguilles interrompent de manière extraordinaire leur course inexorable.

Je fis quelques dernières brasses, plus ou moins coulées, et je m’affalai enfin sur le sable mouillé. La terre semblait effectivement ferme. La marée était en gris. Des vaguelettes me léchaient les pieds nus. Je m’amusais à éplucher les pétales d’un souvenir de jardin flottant sur l’immensité et le grondement étales : « Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout… », puis soudain je m’endormis.



texte : Dominique Hasselmann
photo : Danielle Masson

Grand merci à Dominique.


Pour pourrez découvrir mes mots … ici chez Dominique

Et que sont les VASES COMMUNICANTS ?
Emprunté à Pierre Ménard, car pourquoi dire mal ce qui a été si bien dit :

« François Bon Tiers Livre et Jérôme Denis Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants (au départ cela s’appelait le Grand dérangement, pas peu fier d’avoir trouvé ce titre de vases communicants) : Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Beau programme qui a démarré le 3 juillet 2009 entre les deux sites, ainsi qu’entre Fenêtres / open space d’Anne Savelli et Liminaire. 

Si vous êtes tentés par l’aventure, faîtes le savoir sur le mur du groupe Facebook des vases communicants





[i] Anne Luthaud garder paru chez verticales en septembre 2002 - page 222

6 commentaires:

brigitte celerier a dit…

suis je vraiment cruelle d'avoir si souvent souri devant ces mots de détresse ? (très réussi)

Dominique Hasselmann a dit…

@ brigetoun : non, il faut savoir prendre de la distance, surtout en mer.

Anonyme a dit…

On peut dire que n'as pas échoué à faire dans ce texte un éloge de la brasse coulée... (un peu à la folie)... (il fallait la faire, je m'y colle)
PdB

Dominique Hasselmann a dit…

@ PdB : je n'ai peut-être pas assez planché sur le sujet...

Christine Zottele a dit…

Nature ou découvertes ou découverte de la nature du temps qui s'arrête... en tout cas je me suis régalée;)

Dominique Hasselmann a dit…

@ Christine Zottele : merci pour votre traversée...