vendredi 2 août 2013

Les vases communicants - août 2013 (23) : Christophe Grossi

Dans le cadre des vases communicants du mois d’août 2013

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre...

L’aventure du 1er vendredi de ce mois, ce 2 août 2013, est ici ou ici.

J’ai le plaisir d’accueillir Christophe Grossi que vous pouvez découvrir aussi ici...

Un livre qui n’est jamais bien loin sur le bureau ou dans le sac pour une séance de « Lire et faire lire »


*« En ce temps-là, le léopard n'avait pas de taches, mais une belle robe couleur de sable » est l'incipit de « Les taches du léopard » (« How the Leopard Got His Spots »), un des contes des Histoires comme ça (Just So Stories) de Rudyard Kipling.

Un incipit qui a donné naissance à une longue phrase…
Prenez votre souffle, appréciez, délectez-vous en…

Puis relisez-là à haute voix…

Une phrase (idiote) comme ça

En ce temps-là, le léopard n'avait pas de taches, mais une belle robe couleur de sable* et, là où le félin vivait, le commerce se portait à merveille puisqu'il n'avait pas encore été importé – la mode vestimentaire non plus du reste (ce qui ne devrait même pas être précisé puisque, comme tout le monde le sait, les animaux – hormis quelques-uns d'entre eux, domestiqués, amourachés de créatures accrochées à leurs escalopes milanaises ou alors tout simplement nés pour foutre le bazar – n'ont jamais couru les soldes ni léché les vitrines sauf lorsqu'un porc-épic suicidaire ou un lièvre inconscient ont eu l’outrecuidance de les tenter en venant frotter leur croupe affamée de sexe contre la vitre d'un 4x4 abandonné) et comme le commerce du prêt-à-porter n'avait pas encore fait son apparition dans ces régions (bien que les félins auraient pu se demander pourquoi ces bipèdes qu'ils apercevaient parfois – fusils, clopes, portables, filets, jumelles, etc., dans leurs mains – s'emmitouflaient dans de drôles de feuilles et de lianes colorées) jamais on n'en parlait lors des réunions mensuelles ou quand on se retrouvait près du lac pour boire un verre et qu'on papotait longuement avant la sacro-sainte sieste crapuleuse, mais voilà, comme toute chose, bonne ou mauvaise, a une fin, il avait suffi qu'un drôle de zigue se pointât la gueule enfarinée (on ne connaîtra jamais la vérité, le boxeur Australien ayant été apparemment shooté dans son bush natal avant d'être largué en pleine savane) dans l'antre de la première famille léopard venue, en slip et non à poil comme il aurait dû l'être, pour changer à jamais la donne et le paysage et les couleurs et les mentalités de toute cette région jusque-là préservée (comme vous l'aviez sans doute deviné) et ce n'est pas rien vous savez ce que le kangourou titubant a fait ce jour-là (malgré lui, il est sans doute devenu l'inventeur de cette chose qu'on enseignera plus tard aux étudiants de première année dans les écoles de commerce, de publicité, de marketing et de communication : créer du désir mais surtout créer le besoin), ce n'est pas rien, non, la famille léopard pourrait d'ailleurs témoigner qu'elle a commencé à se déchirer à ce moment-là : trop classe son slibard, je veux le même, maman, ce soir je vais à une teuf dans une grotte tu pourrais m'acheter le même ? (exemple de demande qu'on aurait pu enregistrer si le ZOOM H4n avait existé), les fils léopards sautant partout, les filles léopards ne quittant plus des yeux le calfouette du rouleur de mécaniques, les mères se signant, les pères devant reconnaître qu'ils se sentaient soudain dépassés par les événements, si bien que, pour tenter de remettre un peu d'ordre dans la savane, le vieux léopard avait dû demander au kangourou s'il pouvait céder son calbute (il aimait le blanc), alors ce dernier (quel malin, ce roi du triple saut) avait rétorqué qu'il avait besoin du sien mais que, s'ils le désiraient, il pouvait leur en faire faire, mieux même, que, pour satisfaire toutes les demandes (parce que bientôt il y en aurait des milliers), ils devaient construire une usine et des machines et travailler et travailler et travailler pour produire des calcifs comme le sien,... (pas la peine de s'étendre sur ce procédé qu'on connaît bien), qu'il pourrait ensuite leur vendre le produit fini à l'unité ou par lots (des nuits ensuite à créer une monnaie : sur ce coup-là, ce sont les singes qui ont pris le dessus et le contrôle de la banque centrale), qu'ils pourraient ainsi les acheter et que, pour aller plus loin encore, on ne les ferait pas blancs, mais de la couleur de leur pelage (so chic, bondissait le marsupial) mais voilà, alors qu'on était sur le point de trouver un accord, les zèbres ont débarqué en masse, et les lions aussi, puis sont venus les oiseaux, les papillons, les paons, toutes sortes d'animaux tachetés, ocellés, tigrés, qui eux voulaient un slip rappelant leur pelage ou leur plumage mais, malins chez les malins, ceux-là avaient d'emblée souhaité pouvoir se les échanger lors des soirées très private (le paon rêvant d'arborer un slip kangourou, le petit satyre des bois celui du jaguar, etc.), si bien qu'à la fin seuls les léopards (les dindons de la farce) se sont retrouvé avec des barslows unis, sans intérêt, mais fort heureusement (on a choisi une histoire qui se termine bien), la petite d'un léopard, en tombant amoureuse d'un ocelot, donnera naissance quelque temps plus tard à l'élu, au patron : un animal tacheté (il en aura fallu du temps, n'est-ce pas ?) qui deviendra naturellement (après dépeçage) le premier modèle de slip léopard, ce must-have qui détrônera rapidement, et de loin, le slip kangourou, kangourou qui, selon nos sources à sec, aurait disparu du jour au lendemain (on n'est plus à une bizarrerie près) sans demander son reste ni son froc.

Christophe Grossi, 26 juillet 2013


Grand merci à Christophe Grossi
Merci également à Brigitte Célérier dont il faut saluer la somme de travail tout au long du mois pour rassembler tous les liens et allez lire ses impressions de lecture… un petit bijou chaque mois.


Et que sont les VASES COMMUNICANTS ?
Emprunté à Pierre Ménard, car pourquoi dire mal ce qui a été si bien dit :

« François Bon Tiers Livre et Jérôme Denis Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants (au départ cela s’appelait le Grand dérangement, pas peu fier d’avoir trouvé ce titre de vases communicants) : Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Beau programme qui a démarré le 3 juillet 2009 entre les deux sites, ainsi qu’entre Fenêtres / open space d’Anne Savelli et Liminaire. 


Si vous êtes tentés par l’aventure, faîtes le savoir sur le mur du groupe Facebook des vases communicants…

vendredi 7 juin 2013

Les Vases communicants de juin 2013 (22) : Olivier Hodasava

Dans le cadre des vases communicants de juin 2013

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre...

L’aventure du 1er vendredi du mois de juin 2013 est ici ou ici.

J’ai le plaisir d’accueillir Oliver Hodasava

Juste un mot avant que vous ne lisiez le texte qui suit : Merci.



Quand Danielle Masson m’a proposé que nous choisissions comme thème pour ce Vase Communicant de juin une maison située sur l’avenue Félix Géneslay au Mans (au numéro 280 pour être précis), à charge pour elle d’en aborder l’aspect documentaire, à charge pour moi d’inventer une histoire, j’ai trouvé l’idée fantastique. Oui, vraiment. Danielle m’offrait ainsi, pensais-je, un territoire merveilleux pour laisser libre cours à mon imagination.
Et donc. Comme souvent dans pareille situation, très vite (le soir même), pour asseoir ma narration, j’ai cherché à me documenter, sur la ville, et éventuellement le quartier, la rue…
J’ai aussi contacté la seule personne originaire du Mans que je connaissais : un ancien de mes collègues qui vit maintenant en Suisse où il réalise des documentaires pour le compte de télévisions locales.
À cet homme, j’ai envoyé l’adresse, et une capture d’image faite dans Street View. Je voulais savoir si, à tout hasard, il connaissait le quartier et ce qu’il pouvait en dire.
Le lendemain, j’ai reçu la réponse qui suit, qu’il m’a, depuis, autorisé à publier pour peu que je garde son identité secrète et que je reproduis ici, faute d’écrire une fiction, sans en changer une virgule (disons que ma contribution à ce vase Communicant aura été de provoquer cet étonnant hasard) :

Bonsoir Olivier,
Je me suis demandé s’il s’agissait d’une blague (façon caméra cachée) ou d’un incroyable concours de circonstance. Mais vu que je n’ai jamais raconté à personne ce que je m’apprête à t’écrire, je penche évidemment pour la seconde solution.
Et donc, voilà. Il faut, me semble-t-il, que je te parle de ce qu’il m’est arrivé une après-midi d’été, il y a maintenant un bon paquet d’années.
Je devais avoir quatorze ou quinze ans. À l’époque – je sais, ça va paraître difficile à croire – j’étais fou d’aéromodélisme et je passais mon temps à faire des figures avec une réplique d’alouette radiocommandée.
J’habitais alors boulevard de la Fresnellerie qui est tout à côté de ta maison de l’avenue Félix Géneslay. Le quartier était un peu moins construit qu’il ne l’est aujourd’hui et j’avais fait mon terrain de jeu de la rue du Docteur Roux (qui est juste derrière ta maison).
Et donc. C’était l’été. J’étais en vacances. Je faisais voler mon hélico. Et, pour une raison que je ne me suis jamais expliqué, ce jour-là, j’en ai perdu le contrôle.
J’ai suivi tant bien que mal la dérive de l’engin. Je l’ai vu s’échouer sur le rebord d’une fenêtre – je sais, ça va te paraître incroyablement improbable mais c’est comme ça ! – de ta maison du 280 de l’avenue Felix Géneslay. C’était la fenêtre du dernier étage, celle que l’on voit sur la photo que tu m’as envoyée !
Les volets, ce jour-là, n’étaient pas fermés. Par chance, le verre des vitres, sous le choc, ne s’est pas brisé.
Toujours est-il que mon hélico était là, suspendu, les pales coincés entre fenêtre et barres d’appui.
J’ai sonné pour récupérer mon appareil mais personne n’a répondu.
Il devait être seize ou dix-sept heures. La raison, évidemment, aurait voulu que j’attende ou que je revienne ; que je laisse un mot. Mais non, là, comme ça, machinalement, j’ai actionné la poignée du portail. Celui-ci n’était pas verrouillé. Il s’est ouvert.
Je suis entré dans le jardin.
Je suis allé frapper à la porte. Pas un bruit en retour… J’ai pensé escalader la façade. Mais non, c’était impossible.
Je me suis dirigé à tout hasard vers le garage. J’ai découvert que la porte de celui-ci n’était pas fermée. Je suis entré. Oui, je sais : c’était insensé ! À tout instant quelqu’un pouvait arriver. J’en avais conscience. Et pourtant.
Je suis entré dans le garage. J’ai refermé la porte derrière moi.
Au fond à droite, il y avait une autre porte encore, qui menait de toute évidence au hall de la maison. Cette porte, pas plus que les autres n’était close…
Je n’ai pas hésité.
Je me suis dit que j’allais opérer très vite, que deux minutes suffiraient, que je serais très bientôt dehors.
J’ai grimpé l’escalier, avalant les marches deux par deux.
Je me suis retrouvé au dernier étage.
C’était une chambre qu’il y avait là-haut, avec, collé contre un des murs, un lit de 90.
Je suis allé directement à la fenêtre. J’ai eu un mal fou à l’ouvrir (je tremblais de tout mon corps) mais bon, j’y suis arrivé. J’ai pris mon alouette. J’ai refermé.
J’avais déjà descendu un étage quand j’ai entendu claquer le portail. Je me suis figé. Quand j’ai entendu une clé, en bas, dans la serrure, sans réfléchir, je suis remonté dans la chambre. Et comme j’entendais des pas qui montaient, je me suis caché sous le lit, mon hélicoptère serré contre moi.
Mon cœur, tu peux t’en douter, battait la chamade. J’étais terrorisé comme rarement je l’avais été – comme rarement je l’ai été depuis.
Une personne, finalement, est entrée dans la pièce. C’était une jeune femme pour ce que j’en ai vu (des tennis aux pieds, un large revers à son jean). Elle a vaqué. Elle s’est installée un temps à son bureau. Puis elle est venue s’asseoir au bord du lit (ses chevilles en gros plan sous mes yeux).
Sans se déchausser, elle s’est allongée pour feuilleter un magazine – je percevais le bruit des pages qu’elle tournait.
Dehors, ont commencé à tomber de grosses gouttes d’une pluie d’orage. Il y a eu un éclair lointain. Et puis plus rien. La pluie a cessé. La fille n’a plus fait le moindre bruit.
Je n’osais bouger. Je sentais mon corps s’engourdir.
Je ne savais pas quoi faire. J’imaginais que le pire allait bientôt se produire…
Le temps m’a paru long, incroyablement long.
Une grosse demi-heure s’est écoulée avant que, soudain (je n’avais pas entendu le portail), d’autres personnes ne pénètrent dans la maison. Il y a eu des voix, en bas – celle d’un homme, celle d’une femme.
La fille est sortie de sa torpeur (je pense qu’elle s’était endormie). Elle s’est levée. Elle est descendue…
J’ai entendu quelqu’un dire : Vite, dépêche-toi ! On va être en retard. Et la fille est entrée à nouveau dans la pièce pour récupérer quelque chose (je ne sais pas quoi).
Et puis, elle a dévalé l’escalier.
J’ai entendu la porte claquer. J’ai entendu le portail se refermer.
J’ai compté plusieurs fois jusqu’à cent. Devant la persistance du silence, je me suis dit qu’il fallait que je tente une sortie. C’était le moment ou jamais.
Je me suis extirpé de ma cachette.
J’ai jeté un dernier œil à la pièce autour de moi.
Je me suis engagé sur le palier. Je me suis aventuré dans l’escalier. J’ai d’abord progressé sur la pointe des pieds puis de plus en plus vite.
Je me suis retrouvé dans le garage. Là, dans la précipitation,  j’ai failli renverser un pot de peinture.
Je me suis collé à la porte qui donnait sur l’extérieur. J’ai jeté un œil au dehors. Pas un chat.
Alors, j’ai respiré un grand coup et je me suis engagé à découvert.
Voilà.
Je ne suis pas particulièrement fier de ce que j’ai fait ce jour-là. Seulement, c’est arrivé. Comme je te le raconte exactement. Dans cette maison précisément sur laquelle tu dois écrire.
Peut-être ne vas-tu pas me croire – mais pourquoi inventerai-je pareille histoire ? Et puis, tu dois commencer à me connaître, ce n’est pas vraiment mon genre.
Que dire de plus ?
Ça a été la dernière fois, ce jour-là ; que j’ai fait voler mon alouette. Elle doit toujours être quelque part chez mes parents. La prochaine fois que j’y vais, promis, je tâcherai de la retrouver. Et d’en faire une photo. Si ça se trouve, dessus, il y a encore des traces de la peinture de la rambarde contre laquelle elle s’était coincée.
Je t’embrasse.
X.

Grand merci à Olivier Hodasava
Merci également à Brigitte Célérier dont il faut saluer la somme de travail tout au long du mois pour rassembler tous les liens et allez lire ses impressions de lecture… un petit bijou chaque mois.


Et que sont les VASES COMMUNICANTS ?
Emprunté à Pierre Ménard, car pourquoi dire mal ce qui a été si bien dit :

« François Bon Tiers Livre et Jérôme Denis Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants (au départ cela s’appelait le Grand dérangement, pas peu fier d’avoir trouvé ce titre de vases communicants) : Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Beau programme qui a démarré le 3 juillet 2009 entre les deux sites, ainsi qu’entre Fenêtres / open space d’Anne Savelli et Liminaire. 


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vendredi 3 mai 2013

Les vases communicants (21) : Wana Toctouillou


Dans le cadre des vases communicants de mai 2013

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre...

L’aventure du 1er vendredi du mois de mai 2013 est ici ou ici.

J’ai le plaisir d’accueillir Wana Toctouillou

Il est né à Marseille, il y a quelques années. J’habite en Provence et parfois vais traîner mes guêtres là-bas.
Nous devions nous croiser.

Nous avons commencé par parler de la Sainte-Baume ; j’ai voulu l’entraîner là-bas.
Mais il m’a parlé de Druillet, Bilal et Moebius.
Puis pourquoi, comment la guerre est arrivée, je ne sais plus.
Parce que Deir ez-Zor en Syrie l’obsède tout comme moi Milan, l'enfant, depuis trop longtemps.
Pourquoi ?
Il m’a parlé aussi de Claude Nougaro…
Il m’a fait cadeau d’une photo légendée ainsi sur Twitter
« Jean-Bapt' ‏@jbdba                    11 Avr
Cette photo n'est ni tirée d'un film ni d'un jeu vidéo, c'est la ville Deir ez-Zor en Syrie... »
Mais que mon invité a su faire parler, parler….
Des questions… combien ? combien ?
Lisez… écoutez cette voix venue de si loin… et ce texte lancinant, entêtant...



Grand merci à Wana Toctouillou

Merci également à Brigitte Célérier dont il faut saluer la somme de travail tout au long du mois pour rassembler tous les liens et allez lire ses impressions de lecture… un petit bijou chaque mois.


Et que sont les VASES COMMUNICANTS ?
Emprunté à Pierre Ménard, car pourquoi dire mal ce qui a été si bien dit :

« François Bon Tiers Livre et Jérôme Denis Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants (au départ cela s’appelait le Grand dérangement, pas peu fier d’avoir trouvé ce titre de vases communicants) : Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Beau programme qui a démarré le 3 juillet 2009 entre les deux sites, ainsi qu’entre Fenêtres / open space d’Anne Savelli et Liminaire. 


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vendredi 5 avril 2013

Les vases communicants (20), Laure Morali


Dans le cadre des vases communicants d’avril 2013

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre...

L’aventure du 1er vendredi du mois d’avril 2013 est ici ou ici.

J’ai le plaisir d’accueillir Laure Morali
Prenez le temps de découvrir « Les portes »

Merci également à Brigitte Célérier dont il faut saluer la somme de travail tout au long du mois pour rassembler tous les liens et allez lire ses impressions de lecture… un petit bijou chaque mois.

Mais place aux mots de Laure Morali parce que le 18 mars, nous avons ouvert chacune le livre le plus proche de nous et en plus à la page 18.
Je lui ai offert cette phrase pour laisser libre cours à ses mots


 « Pour atteindre des médicaments haut placés, le pharmacien gravit par jour 50 fois 1.50 mètres sur son échelle. »
Jean-Louis Fournier, Arithmétique appliquée et impertinente, page 18.


L’échelle de bois vert grinçait contre le cagibi. Les boîtes faisaient une jolie musique de pilules bleues derrière leur surface cartonnée aux étiquettes remplies de lettres étranges. Certaines portaient le nom de ceux qui viendraient les chercher avec leurs maladies et leur odeur de médicaments dans les cheveux collés à leur peau mince veinée violette comme celles de leurs mains maigres. Les gens feraient tinter la sonnette en rentrant avec le vent qui siffle et je resterais sous l’échelle à attendre que ma mère descende de trois barreaux pour me tendre, d’un bras souple, la boîte pour la dame. J’enlèverais l’étiquette avec dessus un nom qui finirait par un X et la collerais sur l’ordonnance brune dans les grilles faites pour ça. Elle dirait merci, bon appétit, y’en a marre de c’temps et à la semaine prochaine.
Ma mère avait de beaux mollets galbés. Cinquante fois par jour, elle gravissait un mètre cinquante et se contorsionnait pour atteindre la plus haute étagère vissée à gauche de la porte contre laquelle était posée l’échelle. Sur la porte du cagibi où étaient rangés les médicaments dangereux, ceux dont le nom commence par un Z, un serpent vert s’enroulait autour d’une coupe. Je pensais que cette pièce cachait un reptile détenant toutes les connaissances du monde, un serpent guérisseur dont le venin soignait. Je pensais que ma mère le charmait en dansant le long de l’échelle.

Grand merci à Laure Morali.

Et que sont les VASES COMMUNICANTS ?
Emprunté à Pierre Ménard, car pourquoi dire mal ce qui a été si bien dit :

« François Bon Tiers Livre et Jérôme Denis Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants (au départ cela s’appelait le Grand dérangement, pas peu fier d’avoir trouvé ce titre de vases communicants) : Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Beau programme qui a démarré le 3 juillet 2009 entre les deux sites, ainsi qu’entre Fenêtres / open space d’Anne Savelli et Liminaire. 

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vendredi 1 mars 2013

Les vases communicants (19), Anne-Charlotte Chéron


Dans le cadre des vases communicants de mars 2013

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre...

L’aventure du 1er vendredi du mois de mars 2013 est ici.

J’ai eu le plaisir d’offrir une page blanche à Anne-Charlotte CHERON.
Prenez le temps de découvrir son blogue.

Merci également à Brigitte Célérier dont il faut saluer la somme de travail tout au long du mois pour rassembler tous les liens et allez lire ses impressions de lecture… un petit bijou chaque mois.

Mais place à cette photo, découverte sur sa page FB sur laquelle nous avons décidé d’écrire toutes les deux….




Lo Stadio di Wimbledon


Je me souviens de cet étonnant roman qui n’avait rien à voir avec le tennis, enquête toujours reportée sur le mutisme scriptural incarné par Robert Bazlen, « figure intentionnelle du silence ». On pouvait alors côtoyer Joyce ou Saba, traduire Musil et Kafka, être un écrivain sans écrit, s’accommoder d’un destin littéraire annoté en bas de page, choisir de vivre la vie des autres plutôt que de l’imaginer.



Inscrire au cœur d’une première fiction littéraire le refus de l’écriture est une belle façon de lutter contre l’inéluctabilité morale et économique d’une telle entreprise et de la transcender. Daniel Del Giudice se pose là, avec une attention bienveillante et pleine de tendresse à l’égard des choses que retranscrira sommairement Mathieu Amalric. Jeanne Balibar, à qui il confiera le rôle de l’enquêtrice, peut balibarer sans entrain autant qu’elle le peut, cette séduction fainéante qu’elle incarne ici n’égalise pas le regard du narrateur du Stade de Wimbledon.




À un moment le héro/narrateur hésite : « C’est étrange, je n’ai pas envie de rester ici, mais je n’ai pas non plus vraiment envie de retourner là-bas. »



Que faire de cette étrangeté constituante de l’existence humaine ?



Ici, où je fais plus d’histoires que je n’en écris, où les journées s’étalent devant moi sans que je puisse trouver un moyen de les emplir.



Il m'a semblé que chaque matin de ce monde nouveau pourrait commencer au garage. Puis : revenir à la maison, faire un feu dans le poêle, un café, une tisane. Se démener avec le quotidien, se satisfaire de victoires provisoires : trouver son chemin ou des accessoires de cuisine égarés dans des espaces que votre rationalité ne pénètre pas. Tous les matins de ce monde passé naissaient dans une rame de métro. Du passé à l’avenir: la locomotion au seuil des jours nouveaux.



Je repense à ce mouton qui a choisi de s’aventurer seul sur le terrain. Il n’y a plus de balle comme dans la partie de tennis de Blow up, il n’y a plus de joueur comme dans le roman de Del Giudice mais un mouton égaré qui paraît trébucher et s’enquérir hasardeusement d’un reste de végétation, ahuri de la nature de ce sol faussement verdoyant, de ce terrain stérile. 



Je m’inquiète de ces herbes fallacieusement plus attirantes ailleurs, de ces ailleurs rêvés pour se rasséréner des ici qu’on peine à investir. Quand l’ailleurs et l’ici ne sont que des prétextes spatiaux pour occuper le temps. L’exotisme comme divertissement passager est un faux-fuyant sophistiqué dont il faudrait se méfier.




Grand merci à Anne-Charlotte Chéron.

Et que sont les VASES COMMUNICANTS ?
Emprunté à Pierre Ménard, car pourquoi dire mal ce qui a été si bien dit :

« François Bon Tiers Livre et Jérôme Denis Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants (au départ cela s’appelait le Grand dérangement, pas peu fier d’avoir trouvé ce titre de vases communicants) : Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Beau programme qui a démarré le 3 juillet 2009 entre les deux sites, ainsi qu’entre Fenêtres / open space d’Anne Savelli et Liminaire. 

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