mardi 10 avril 2012

Une photo, quelques mots (35), Charlie et Charly


03 avril 2012

Une photo, quelques mots (35)


©Kot² - Cette photo a été prise le 26 août 2009. – Fred Perry style

Charlie et Charly
Nous sommes en retard. Heureusement qu’il me tient la main très fort car c’est l’angoisse. Cette plongée dans le vide. J’ai peur. Je suis déjà à la marche 32… il en reste au moins autant et encore autant. J’ai peur du vide.je suis sûre que je me suis trompée en les comptant. Je sens une sueur froide couler entre mes omoplates.
Je me cramponne à sa main.
Une fois en bas, je pourrais enfin souffler. Là, j’ai du mal à respirer. J’ai le vertige. Quand même, quelle idée de le suivre jusqu'’ici. Il sait que j’ai peur du métro… Je n’aime pas ne pas voir le ciel. Il me fait descendre dans les entrailles de la terre. C’est pour gagner du temps qu’il m’a dit. Mais combien de temps encore ici ?
Je me cramponne à sa main.
J’ai le cœur sans dessus-dessous. Je crois qu’il va sortir de ma poitrine. Il le sait pourtant. Et moi, j’ai voulu faire la fière. T’inquiète, je t’accompagne, j’ai paradé. Oui, il doit aller se présenter dans un cabinet de chercheurs de tête. Il dit que je suis son porte-bonheur. Pourtant, il sait. En bus, j’aurais moins eu moins le cœur en dehors.
Je me cramponne à sa main.
Il ne faut pas que je tombe. Je m’imagine déjà étalée en bas de l’escalier, la tête ensanglantée. Il faut que je me tienne à la rampe. Je ne dois pas faiblir. Je dois mettre encore un pied devant l’autre. Allez, encore un effort. Je dois ‘l’accompagner. Mais pas en métro. Qu’est-ce que l’on ne ferait pas quand on aime.
Je me cramponne à sa main.
Ce matin, j’ai mis une robe noire sage et mon foulard indien, offert par Grand-mère quand elle est revenue d’un de ses voyages au bout du monde. Grand-mère, elle, ne tremblerait pas dans un escalier du métro. Elle n’a jamais eu peur de rien. Un raid dans le Sahara en pleine guerre, un autre en Asie quand les frontières n’étaient pas encore ouvertes aux étrangers… donc aux femmes, n’en parlons pas. Je ne suis pas aussi baroudeuse que Grand-mère. Là je tremble devant cet escalier sans fin. Encore combien de marches ? Envie de me retourner, de remonter celles que ‘j'ai eu du mal à avaler et revenir à la surface. Respirer enfin. Mais non, je continue de descendre dans le ventre de la terre.
Je me cramponne à sa main.
Au fait, je m’appelle Charlie et lui Charly. Nous étions faits pour nous rencontrer.
Je me cramponne à sa main.



3 commentaires:

patriarch a dit…

Chapeau...Belle journée.. Bises

Asphodèle a dit…

Très beau texte et je ne pensais pas que l'on puisse être phobique à ce point du métro... :)

Jeanmi a dit…

Petit moment de vie, bien troussé, bravo.