vendredi 16 mars 2012

Désir d'histoires (16) - Atelier 58 - Texte futur




Sur une idée d’Olivia,

Des mots, une histoire 58


  

Solitude de l’écrivain à la recherche du bon sujet : ci-dessous son monologue[1] intérieur

Ça y est, mon cochon ! Je tiens mon sujet. Non… au moins mon titre. Pas d’héroïne amère ou épuisée encore en vue.
L’écrivain, à la recherche du texte futur, se lève, règle son transistor d’un autre temps qui n’émettait plus qu’un grésillement, une vraie cacophonie de sons bizarres. Il va se servir un verre de jus d’orange, revient et se pose devant son ordinateur, dont l’écran affiche la photo d’un balcon ouvragé, juste avant une photo prise dans la brousse avec en premier plan un couple de lions rugissant.
Bon, pour aujourd’hui, c’est fichu.
Il est déjà 9.30.
Mais récapitulons ce que seront les trente-deux jours d’écriture à venir.
Mobilisation de mon être entier, promotion de mes idées, dévotion entière à mon projet devront être au programme de l’extravagance de mes idées.
Convocation des ponctuations dont la virgule dont j’use et abuse pour rendre plus limpide mon texte sans oublier le point-virgule que j’affectionne particulièrement. Ils sont la signature reconnaissable de mes textes.
Aucun égarement ne sera permis.
Je ne vais pas revenir bredouille de cette quête des mots.
L’écrivain, à la recherche de son texte futur, prend son agenda, l’ouvre à la journée du lendemain, jour de l’arrivée du printemps et tend l’oreille attiré par l’aboiement de son chien dans le jardin. Juste un cycliste qui passait.
Pour écrire de 7 à 10, mettre le réveil à 5.55.
Puis prendre une douche rapide pour effacer la lassitude de la nuit.
Me préparer sans tremblement mon petit déjeuner avec un œuf à la coque.
Préparer un plateau avec jus d’orange et spéculoos.
Et à 7 heures, je suis fin prêt devant mon ordinateur.
L’heure avance.
9.45 s’affiche.
Pour gagner du temps, pour demain créer tout de suite le dossier sur mon ordinateur avec ce titre, dont je suis si fier.
L’écrivain, à la recherche de ce fameux texte futur, frappe le titre, le regarde, se recule
Ce titre, quand même, ça va jeter.
L’écrivain, à la recherche de son texte futur, le lit à haute voix en détachant chacun des mots le composant
« De l’utilité d’avoir toujours du jus d’orange en cube »
L’écrivain le relit, fier de lui, une première fois… cinq fois de suite en changeant de ton. À l’oral, cela a de la gueule, pense-t-il.
Donc pendant trente-deux jours, de 7.00 à 10.00, je diois écrire 532 mots sur…
L’écrivain se recule, boit un verre de jus d’orange, se lève brusquement
Ça y est. Je sais ce que je vais écrire. Comment je vais écrire.
Le premier chapitre commencera par la phrase « Est-on assez attentif… »
Et l’incipit de chacun des autres chapitres sera une des phrases des premiers de couverture d’Art-Matin numéro 4.
L’écrivain, content de lui, de sa trouvaille continue son monologue intérieur.
Et en plus, je ne prends pas de risque. Trente-deux histoires plus ou moins longues, quarante-cinq premières pages, treize de plus qu’il ne me faut.
L’écrivain, toujours à la recherche de son texte futur, se rassoit, mange trois gâteaux et s’apprête à commencer à écrire. Les cloches de l’église toute proche se mettent à sonner.
Il va être 10 heures.
Je dois prendre de bonnes habitudes dès maintenant.
Juste un petit quart d’heure de dépassement aujourd’hui car demain sera le grand jour.
L’écrivain, tout guilleret, duplique son premier fichier, en fait trente et un autres identiques, les renomme.
Si ce n’est pas de l’organisation cela.
Bon, je récapitule.
Un texte fini, bouclé par jour.
532 mots par texte, pas un de moins, pas un de plus.
Obligatoirement, le même personnage traversera chaque texte.
Le mot orange sera toujours présent et surtout
L’écrivain, regardant et feuilletant religieusement Art matin numéro 4, continue de soliloquer.
Mon déclencheur à portée de main.
Une phrase incipit de mon histoire par jour.
Fin prêt pour demain matin, 7 heures.
Je tape par avance la première phrase de mon texte :
« Est-on jamais assez attentif… »
J’arrête pour aujourd’hui. Je vais partir marcher.
J’espère qu’aucune jettatura ne sera jetée contre moi…

L’édition 58 de Des mots, une histoire a pour récolte ces mots : cacophonie  remplacé par) cochongrésillement - jettaturaaboiement printempscycliste blessure amersignature – mobilisation – promotion traditionbalcon – héroïne – solitude écrantremblement – bredouille – égarement oraldévotion extravagancecopuler lassitude virgulebrousseépuisée
Il y a 28 mots, ce qui veut dire que vous avez le droit d’en mettre un, deux ou trois au choix, de côté.




[1] Développement d’une tradition littéraire qu’on peut faire partir de Montaigne – réf. L’apparition du monologue intérieur en France (Stéphanie Smadja, UFR LAC, Université Paris Diderot – Paris 7)

6 commentaires:

patriarch a dit…

C'est pire que le travail du bagne...

belle journée ;-)

elcanardo a dit…

En voilà une idée originale : nous permettre de suivre le fil de l'inspiration de l'auteur. Quel boulot !!! Allez hop ! Au travail donc !

Coincoins inspirés

mariessourire a dit…

comme j'aime ce que tu écris !!
quelle excellente idée as-tu eu là !
le sourire ne m'a pas quitté, et ça fait du bien

belle et douce nuit
mille bises
sourire

Asphodèle a dit…

Le "trente-deux" est toujours présent ! Il vaut mieux abuser du jus d'orange, par contre en "cubes", brrr ! Courage à l'écrivain !

Pierrot Bâton a dit…

Ah! L' organisation, les plannings!!! Y' a que ça de vrai !

ceriat a dit…

Ces écrivains, quand même... ;-) J'aime beaucoup ce texte en pointillé. :D