vendredi 2 septembre 2011

Les vases communicants (1), Septembre 2011, Camille Philibert


Dans le cadre des vases communicants

Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre...

Le texte de Camille Philibert



Cap sans retour.

Je dis vague, je regarde l'avant du bateau avant qu'on rejoigne la brume. Rien ne m'impressionne parce que je suis quelqu'un de vrai. Mais je repense à l'incendie et la mort me fait trembler. La proue de bateau s'évanouit dans d'épaisses couches blanches, ta silhouette trapue disparait derrière une frontière vaporeuse. Ta silhouette s'efface, l'isolement grandit. Un gnomon indique la direction opposée à une lueur, un soleil caché. J'ai dit qu'il fallait suivre ce cap, tu as tranché pour celui de la lueur qu'on distingue à peine. Mon regard chasse une direction possible où un horizon ressuscite derrière un mur de brume. Une bise puante déchire des nuages mous, le sol se recouvre petit à petit de paillettes de givre. Entreprenant, notre vaillant bateau accoste une ile nouvelle. Si je devais disparaître, je regretterais à mon dernier souffle d'avoir emprisonné les vents en douce, ce qui a eu comme conséquences de nous emmener partout et aussi sur ce rivage ravagé. Des rochers bleus reliefs déchirés de granit, ombres humides accrochées aux algues, aplombs abrupts. Après la plage on débouche sur des champs de fleurs, une brise fétide revient, des anémones multicolores s'envolent. Tu es le genre qui mériterait qu'on lui tresse un couronne de fleurs, mais, humble, tu te grattes la base du nez en baissant le visage,  décides de partir seul. Je grelotte. Tu nous interdis de te suivre. Personne ne m'impressionne, je suis quelqu'un de vrai, mais cette fois tu me parais plus grand. Tu pars en courant. Y a Vautour, ce gros traine savate à tête de grain de sable qui ne l'entend pas de cette oreille, il fausse compagnie aux potes pour te suivre en douce. Il t'emboite le pas et cavale dans les bois derrière toi, je fais pareil, on galope. J'aimerais le hacher menu. Ce déchet, ce crevard, ce traine savate va te rattraper, il trébuche devant moi et m'aperçoit. Je lui attrape le bras: - Viens, on remonte, ici c'est pas notre place. Vautour fait: - J'ai une entorse, où il va ? Surement chercher un trésor... Ce serait dommage qu'on en profite pas. Je le laisse en plan, ma jambe gauche tire à chaque pas. Je ne crois pas au trésor, mais sait-on jamais... alors je cours et descend dans la grotte qui t'engloutit, le son de tes pas résonnent en contre-bas, une lisière d'ombres où tout pourrait s'inscrire...Je divague...




Vous pouvez lire Camille Philibert, ici  et ici aussi




quelques explications sur les vases communicants :



Emprunté à Pierre Ménard, car pourquoi dire mal ce qui a été si bien dit :



« François Bon Tiers Livre et Jérôme Denis Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants (au départ cela s’appelait le Grand dérangement, pas peu fier d’avoir trouvé ce titre de vases communicants) : Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Beau programme qui a démarré le 3 juillet 2009 entre les deux sites, ainsi qu’entre Fenêtres / open space d’Anne Savelli et Liminaire. 

Si vous êtes tentés par l’aventure, faîtes le savoir sur le mur du groupe Facebook des vases communicants, que chacun puisse relayer les autres... »


L’aventure du mois de septembre 2011, est ici et ici

Camille Philibert m'a fait une petite place chez elle. Allez faire un tour, ici.




6 commentaires:

patriarch a dit…

Bonne journée chez toi....

Asphodèle a dit…

Il est magnifique ce texte ! Je ne me lance pas dans l'aventure (tu sais pourquoi) mais je trouve l'idée excellente ! Il faut garder du temps pour écrire et je le passe à lire majoritairement... Quand l'écriture redeviendra une exigence jalouse qui ne partage pas, qui sait ? ;)(je vais suivre le lien et aller lire le tien !)

32 Octobre a dit…

@ Asphodèle, et il y aura un bout d'explication au 32 Octobre et au livre sur mon autre blog... 100 pages faisant parties d'un recueil avec deux autres écrivants

brigetoun a dit…

mais sans avoir l'explication, on croit comprendre et sentir

Aymeline a dit…

Ecrire sur le blog d'un autre est un concept très intéressant :)

Irrégulière a dit…

J'ai fait un stage avec François Bon en juillet, il y avait aussi "Pierre Ménard". Ils ont de très chouettes idées !