Cela me tracassait de ne pouvoir répondre à la demande d’Eiluned,
car j’aime son défi hebdomadaire autour d’un mot.
J’ai cherché, cherché et me suis souvenu qu’un mercredi, le
11 août 2010, à Arles, sous la baguette de Virginie Lou, j’avais écrit un
texte qui collerait à la demande.
Alors j’ose vous le confier
Et j’attends vos petits mots, qui font avancer.
Trois ombres pour un corps…
État du 1er corps :
Trouvé en état de décomposition
avancée sur le bord de la rivière qui passait non loin du corps de bâtiment où
pour la dernière fois le son de la cornemuse avait été entendu.
État du 2ème corps :
Semble flotter en état
d’apesanteur. Corps de corpulence fluette. Impossible à l’heure qu’il est de
dater le moment exact de la mort.
Deux corps dont la vue mit en état de choc le promeneur que
son ombre précédait depuis déjà plus de trois heures. Il lui semblait que
quelque chose s’était déréglé quand il avait commencé à suivre le canal. Dans
sa tête, dans ses yeux, dans tout son corps, quelque chose clochait.
Depuis plus de trois heures, trois ombres l’accompagnaient
alors qu’il était seul le long du cours d’eau. Il s’était retourné à plusieurs
reprises, il était bien seul. D’ailleurs cela il le savait sans avoir besoin de
se retourner ou de regarder autour de lui.
Les trois ombres semblaient discuter entre elles.
L’une plus particulièrement était très agitée, faisait de
grands gestes, tel un oiseau prêt à prendre son envol.
Une autre légèrement plus frêle se détachait très souvent du
groupe que formaient les trois ombres. Elle trottinait, s’arrêtait, sautait
d’un pied sur l’autre, jouait à la marelle et riait, riait. Il l’entendait. Elle
se baissait, cueillait des fleurs et revenait les bras chargés de coquelicots. Elle
semblait la plus joyeuse et la plus jeune des trois ombres. Les ombres ont un
âge, quoique vous en pensiez.
La troisième restait collée, pardon précédait ses basques,
comme scotchée à lui. C’était, il en était sûr ou essayait de s’en persuader,
sa véritable ombre.
Les deux autres l’intriguaient au plus haut point sans
encore l’effrayer. Il en avait vu d’autres, tellement d’autres choses incroyables
ou effroyables lors de son séjour dans l’enfer du Kosovo.
Trois heures de marche le long du canal, cela sa montre le
lui indiquait mais il n’avait plus aucune notion du temps ni de l’heure. Même
pire que cela, il ne savait plus qui il était et surtout ce qu’il faisait là.
Soudain, l’ombre qu’il avait cru identifier comme sa propre
ombre ne bougea plus.
Il ne s’en aperçut pas tout de suite mais dix mètres plus
loin, soit 32 secondes plus tard.
Son ombre avait les poings sur les hanches et le toisait.
Son ombre, ce corps sans organe semblait en plein courroux et lui faire savoir
que cette escorte de deux ombres commençait à lui peser. Cela ne pouvait pas
durer. Il la voyait s’agiter mais n’entendait rien. Il était devenu sourd, elle
était muette. Tout à fait normal, elle était une ombre. Il ne connaissait pas
le langage des signes.
Ils se faisaient face maintenant.
Qui allait gagner ce corps à corps ?
Un vainqueur, un vaincu.
Il ne pouvait accepter ce combat d’un autre âge, d’une autre
époque dans cette autre dimension qu’il ne maîtrisait absolument pas.
L’ombre lui dit en articulant du mieux qu'’elle pouvait,
pour être sûr qu’il comprenne :
-
Je n’avancerais plus. Anoki Yahto, qu’as-tu fait
du corps ?
4 commentaires:
Tu as bien fait de publier ce texte, j'adore !!!
Bon après midi... et :merci pour ce texte... ;-)
Génial ! Vu la qualité du texte, je suis ravie que finalement tu l'ais publié ! Merci.
Très intéressant ces images des ombres , mais qui est Anoki yahto?
On se demande s'il est fou, choqué par sa découverte ou bien l'assassin.
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